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Les Clefs pour Comprendre du Jeudi 1er Aout 2013 : Les Etats Unis flirtent avec la récession selon l’ECRI Par Bruno Bertez

Les Clefs pour Comprendre du Jeudi 1er Aout 2013 : Les Etats Unis flirtent avec la récession selon l’ECRI  Par Bruno Bertez

Détroit

Vous connaissez notre position, nous ne cessons d’écrire que les indicateurs économiques américains sont mitigés. Tantôt, ils pointent dans le sens d’une croissance modérée ; tantôt, ils pointent dans le sens de la récession. Présentement, le rythme de croissance est faible puisque les derniers chiffres ressortent autour des 1%. Compte tenu des marges d’erreur et compte tenu des incertitudes sur la collecte des données, ces 1% de croissance annoncée peuvent très bien recouvrir une récession. Nous pensons que la meilleure caractérisation de la situation économique américaine consiste à dire que l’on flirte avec la récession.

L’ECRI, Economic Cycle Research Institute, fait autorité dans l’étude conjoncturelle et dans le diagnostic de retournement des cycles des affaires. Vous pouvez trouver ses méthodologies et ses références sur son site. Les références passées sont convaincantes, cet institut ne semble avoir aucun biais, pas plus idéologique que politique.

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   Lakshman Achuthan est le porte-parole de l’ECRI. Il intervient régulièrement sur les médias pour commenter les divers indicateurs que publie l’institut. Bloomberg l’a invité récemment et nous pensons que cet interview, laquelle intervient en plein débat sur la politique monétaire américaine, nous pensons que cet interview est importante. On est en train de débattre de l’opportunité ou de la nécessité de ralentir  les achats de titres de la Réserve fédérale ; on est en train de supputer et de tirer des conjectures sur le futur remplaçant de Bernanke. Les indications que l’on peut tirer de l’analyse de la conjoncture américaine constituent des éléments indispensables pour éclairer les débats en cours. Donc, Achuthan était sur Bloomberg. Voici l’essentiel de son intervention :

–          Achuthan considère que les Etats-Unis sont entrés en récession en 2012

–          Achuthan considère que les Etats-Unis sont dans une situation qui est comparable à celle que connaît le Japon depuis 1992

–          La croissance globale marque une tendance au ralentissement généralisé et cette tendance a commencé bien avant le début de la crise financière de 2008/2009.

Voici les propos d’Achuthan rapportés de façon un peu plus explicites. Nous avons privilégié le sens sur le formel. Les pouvoirs publics ont toujours la même politique, ils nient la réalité. Personne parmi les responsables n’a envie de reconnaître que l’économie est en récession. Au-delà des chiffres, il y a cependant une indication qui ne trompe pas : « vous n’auriez pas une politique de taux d’intérêt zéro et de Quantitative Easing qui dure depuis 4 ans si tout était OK ».

PLUS DE BERTEZ EN SUIVANT:

 On objecte souvent que les statistiques de l’emploi s’améliorent. La réalité est que si l’on dépasse les headlines, les titres des journaux, le marché du travail est en très mauvais état. Il faut fouiller et voir en profondeur et,  là, on s’aperçoit que la qualité des emplois est déplorable. Ce que l’on crée, ce ne sont pas des emplois qui font de l’argent. « Si vous avez entre 35 et 54 ans, et que vous vous placez dans la perspective des trois dernières années et demi, c’est-à-dire dans cette période de soi-disant reprise de l’emploi, vous constatez en réalité que ce qu’il y a eu, ce sont des pertes d’emplois et non pas des gains.

Dans cette tranche d’âge et au cours de cette période, près d’un million d’emplois ont été perdus. Dans cette tranche d’âge, c’est la période où vous êtes censé gagner le plus d’argent et dépenser le plus. Les gens que vous interrogez n’ont pas cette impression de gagner plus d’argent et de pouvoir dépenser plus et ceci est au cœur de la situation économique présente.

Juin plein vs temps partiel Jobs historique

Il y a une sorte de bulle des inégalités et de bulle du luxe. Ceci s’explique par la vive remontée des prix de l’immobilier et la hausse du marché financier. « Si vous êtes dans l’environnement Wall Street, vous êtes près des hélicoptères qui déversent le cash ».

Hélas, tout le monde n’est pas près de Wall Street et la plupart des gens habitent Main Street. Il y a une sorte de déconnexion. Les opinions sur ce qu’il faut faire divergent. Les conservateurs disent : il y a trop de règlementations et trop de taxes. Les « liberals » disent : « faisons un peu plus de keynésianisme » et de répartition. Nous, à l’ECRI, nous pensons que tout le monde passe à côté de l’essentiel. Et l’essentiel, c’est que la croissance a commencé à baisser bien avant la Grande Récession. C’est un phénomène de long terme qui résulte de problèmes structurels. Et ce phénomène ne concerne pas que les Etats-Unis.

Dans son interview, Achuthan ne suggère pas que les indicateurs économiques sont manipulés. Il insiste sur le fait que les chiffres publiés dans l’actualité sont toujours des chiffres préliminaires. Ils sont révisés massivement par la suite. Et ces révisions sont, dans la plupart des cas, négatives. Les responsables de la conduite des affaires se gardent bien d’y insister. Les médias les ignorent. On applaudit des croissances de 1% alors que les révisions montrent systématiquement que des variations aussi faibles recouvrent, en réalité, des situations très incertaines et bien souvent, derrière,  la croissance masque un recul.

The GDP revision chart (pre- and post-revisions):

revisedorig

Another GDP revision chart (pre- and post-revisions):

GDP pre post revision

Si l’on reconnaissait qu’il n’y a pas de croissance, cela pénaliserait l’action de la Fed. La Fed recherche l’effet de richesse, elle impose des taux d’intérêt zéro et il est évident qu’il faut qu’elle le justifie. C’est de la politique.

Sur la question de la comparaison avec le Japon, Achuthan est explicite. Il décortique la structure de la croissance depuis le début des années 70 et il constate que tout va dans le même sens : le ralentissement structurel. Ce ralentissement est antérieur à la phase de deleveraging qui a été provoqué par la GFC, la Grande Crise Financière. Les récessions, depuis 1970, sont en fait plus fréquentes qu’on ne veut bien le reconnaître ; les reprises se succèdent, mais elles sont de plus en plus faibles.

Dans ce schéma, on a utilisé de plus en plus la politique monétaire. Cette utilisation n’a pas permis de casser la tendance au ralentissement ; en revanche, elle a conduit à l’excès de dettes qui a débouché sur la crise de 2008.

 BRUNO BERTEZ Le Jeudi 1er Aout 2013

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4 réponses »

    • Allez chez Ecri. Faites des recherches Le but de l’entretien avec Tom Keen était d’éclaircir la position de Achutan sur la conjoncture, position très originale , alternative par rapport au consensus.

      Son analyse des raisons structurelles de la chute du taux de croissance n’est pas développée, ici ce n’est qu’une incidente.

      Quant a moi j’ai suffisamment développé la situation structurelle dans les articles- références qui se trouvent en cartouche a droite.

      En deux mots pour indiquer quelques pistes de réflexion

      -Tendance à la chute du taux de profit dès le milieu des années 60 partout dans le monde, chute cyclique liée aux cycles très longs des économies, modifications sociétales peu favorables à l’effort et à l’incitation, épuisement et limites du modèle de croissance antérieur. Renchérissement du cout de l’accès à l’énergie.

      -Politique américaine idiote visant à assurer à la fois le beurre et les canons donc a choisir la fuite en avant et l’inflation, donc le recours au crédit. Refus d’accepter la dévalorisation de l’ancien, , dépassé , volonté de bénéficier du neuf sans accepter la mort de ce qui est périmé, exemple erreur de l’automobile. On traine les boulets.

      – Faux gains de productivité grâce à la globalisation qui créent l’illusion d’un réel progrès, en réalité les gains de productivité viennent du transfert de richesses des émergents vers les pays développés.

      – Poursuite de l’endettement, de l’accumulation de dettes non productives, le crédit quasi gratuit, pas à son prix remplace les revenus gagnés. Le poids des dettes non productives et de dépenses de répartition des actifs au profit des inactifs étouffe les économies.

      – Politique qui vise à perpétuer l’ordre ou plutôt le désordre ancien et non pas à nettoyer., à libérer le passage vers l’avenir .

  1. essayons de calculer le pib américain par tete d’habitant et sans le secteur financier:le résultat sera horrible ,comme chez nous

  2. En France, lorsque surviendra le dénouement de cette crise systémique commençée en 1971, si l’on part sur une hypothèse d’une fonte à 50% de l’effet de richesse dans les secteurs (nomenclature valeur ajoutée insee 2012) :
    – finance et assurance
    – immobilier
    – construction

    On obtient un baisse de 12,1% du PIB 2012
    (18,1% si l’on retient une fonte à 75% de l’effet de richesse lié au crédit)

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