Agefi Suisse

Douce France: Lettre ouverte à mes regrets

Douce France: Lettre ouverte à mes regrets

On peut être stupéfait de la proximité de pensée entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Leurs politiques aussi molles qu’incohérentes ont clairement fait le lit de l’extrémisme.

J’avoue: je me suis trompé. J’ai toujours dit qu’un socialiste porté aux affaires publiques devenait libéral. Mitterrand avait montré la voie. Schroeder l’avait confirmée: «L’Allemagne sera aussi sociale que son économie lui permettra de l’être!». Que dire de Tony Blair?

Le parti socialiste français est hanté par les conséquences du congrès de Tours depuis décembre1920 et par la IIIe Internationale: comment garder le contact avec son extrême gauche, dont elle peut toujours avoir besoin, tout en restant fidèle aux racines du socialisme qui s’intéresse à tous les travailleurs sans restriction dogmatique. A cela s’ajoute d’autres questions: qu’est-ce que le socialisme, pour une société qui a déjà, par les grandes réformes sociales du XXe siècle, intégré la vaste majorité des espérances des pères fondateurs de son mouvement?

Nicolas Sarkozy, élu de droite, a brûlé ses vaisseaux en espérant être réélu. Des mesures proposées en fin de quinquennat pour s’attirer un électorat de gauche, notamment de nature fiscale, l’ont montré démagogue et imprédictible. François Hollande, élu de gauche par défaut, a totalement surestimé ses capacités et sous-estimé le bon sens de ses concitoyens. Aveugle à l’importance de la crise que traversent le monde et la France en particulier, énarque butté, créateur du ministère du «redressement productif» – dénomination aux relents soviétiques nauséabonds – il préfère ménager sa gauche que travailler à l’avenir du pays dont il a la responsabilité.

La création de «mini» affaires d’état et une communication créant l’ossature du message colporté au lieu de n’en être que le vecteur, en raison de sa vacuité, contribue à l’inexistence du débat politique dans le but à peine dissimulé de gagner du temps. Je me suis trompé: je ne m’étais pas rendu compte à quel point les erreurs de son prédécesseur en fin de mandat m’avaient aveuglé sur l’absence de substance du message. La recherche du pouvoir est le seul motif que je vois à tous les efforts entrepris par l’actuel président. Les mesures prises depuis le début de son mandat, qui font fi des règles économiques élémentaires (voir les élucubrations médiatiques du ministre Montebourg), qui tendent à chasser de France les citoyens éduqués, travailleurs, investisseurs ou simples amoureux de leur pays, fait froid dans le dos.

Quelle dose de cynisme permet de se moquer à ce point de la réalité? Donneur de leçons, prétentieux, accroché aux ors du pouvoir jusqu’à l’inexistence, Monsieur le Président, apprenez que la réalité finit toujours par avoir raison de la théorie. Dans votre cas, la descente ira d’autant plus vite qu’il n’y a même pas de théorie officielle. On cherche vainement une ligne politique: on ne voit qu’errance dans les réflexions et incohérences dans les actions. Peut-être vous considérez-vous la victime expiatoire de pareils errements de vos prédécesseurs? Si vous le pensez, c’est qu’en plus vous n’avez rien compris à notre ère de communication.

Vous cumulez aujourd’hui deux faiblesses majeures pour pouvoir gouverner votre beau pays: on ne vous reconnaît plus comme le roi, mais vous êtes toujours bien nu!

Au fond, votre mode de pensée et celui de votre prédécesseur sont vraiment proches. Normal, vous fréquentiez les mêmes cercles. Comment ne pas entendre Mélenchon lorsqu’il dit: «Gauche ou droite, c’est la même politique!». Votre politique, aussi molle qu’incohérente, fait le lit de l’extrémisme. Même si vous n’êtes pas seul à avoir travaillé à la situation aujourd’hui précaire de la France, l’histoire vous en tiendra rigueur. Tous les indicateurs vous disent que le fonctionnement actuel de la société française étouffe ses ressources. La caisse nationale d’allocations familiales doit appliquer 18.000 normes, selon sa directrice. En Suisse, les articles du code civil concernant le droit du travail, les contrats spéciaux et les conventions collectives sont au nombre de 123. Regardez les taux de chômage respectifs, laissez-vous surprendre!

J’espère me tromper: observateur de la vie politique française depuis près de cinquante ans, jamais je n’ai senti si proche une déflagration sociale. Vos attaques contre l’Europe, contre l’Allemagne, contre la Suisse sont pathétiques et n’y changeront rien. Qui aujourd’hui croit encore en un modèle économique franco français? Très à la mode dans vos cercles, Colbert a été brillant «à son époque». Avez-vous seulement remarqué que, décédé le 6 septembre 1683, il est mort depuis exactement 330 ans? L’état français d’alors était riche car le pays était nettement plus peuplé que ses voisins. Avec la création de l’Allemagne et de l’Italie modernes, sans parler des Amériques ou du bassin pacifique, cet avantage a disparu.

Peut-être serait-il temps de vous rendre compte qu’il y aura bientôt en France plus de touristes que de résidents. Mais finalement, M. le Président, n’est-ce pas ce que vous souhaitez? Ne dit-on pas: «Qui se ressemble s’assemble?»

Pierre E. Michel Codevimm/ Agefi Suisse  Mercredi, 04.09.2013

http://agefi.com/forum-page-2/detail/artikel/on-peut-etre-stupefait-de-la-proximite-de-pensee-entre-nicolas-sarkozy-et-francois-hollande-leurs-politiques-aussi-molles-quincoherentes-ont-clairement-fait-le-lit-de-lextremisme.html

1 réponse »

  1. J’avais cru lire dans le texte »,…mais vous êtes toujours bien nul » au lieu de « ,…mais vous êtes toujours bien nu!’ Puis après, j’ai pensé que les iraient bien!! Merci pour cette brillante analyse.

Laisser un commentaire