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L’impossible réponse à une question délicate: Les excédents commerciaux sont-ils bons pour les Etats? Par Andreas Hofert

L’impossible réponse à une question délicate: Les excédents commerciaux sont-ils bons pour les Etats? Par Andreas Hofert

En voilà une étrange question! Les excédents commerciaux (ou leurs grands frères, les excédents de la balance de paiements courants) semblent être le Graal de tout pays. L’Allemagne, par exemple, y voit une solution à la crise de l’euro. Remettre de l’ordre dans les finances gouvernementales, devenir plus compétitif et dégager des excédents commerciaux: voilà les bonnes résolutions que beaucoup de gouvernants, dans la «périphérie» européenne, ont sans doute prises pour cette nouvelle année. Courir après les excédents serait donc moralement la chose à faire. Mais la véritable question est de savoir si cela est réellement pertinent.

Concept des plus importants en comptabilité nationale, la balance commerciale d’un pays peut être calculée de deux manières différentes: d’un point de vue international et d’un point de vue intra-temporel. Ce fait reste méconnu, non seulement par le public en général mais aussi par beaucoup de dirigeants politiques, pourtant censés être mieux informés.

Le bon sens veut qu’un excédent commercial soit «bon» et qu’un déficit soit «mauvais». Les économistes sont généralement moins enclins à porter des jugements de valeur sur de telles questions et estiment – à juste titre – que les considérations morales n’ont pas leur place dans l’analyse des échanges. Dans leur monde, il n’y a ni «bons» pays excédentaires ni «mauvais» pays déficitaires. Comme l’excédent commercial d’un pays est le déficit d’un autre, il est impossible que tous les pays du monde dégagent un excédent… à moins que l’humanité se mette à échanger des biens et services avec d’autres planètes.

En outre, du point de vue intra-temporel, un excédent commercial signifie qu’un pays consomme et investit moins qu’il ne produit sur son territoire: l’épargne doit donc être investie à l’étranger. En d’autres termes, un pays excédentaire exporte du capital et le fait fructifier à l’étranger au lieu de le faire chez lui. Un excédent commercial peut signifier que la population du pays est davantage tournée vers une consommation future plutôt qu’actuelle, ou refléter un manque d’opportunités d’investissement dans le pays.

Abstraction faite des jugements de valeur, le fait de dégager d’importants excédents commerciaux comporte donc son lot de problèmes lorsqu’il s’agit d’investir à l’étranger. Deux études allemandes publiées en décembre, l’une par l’Institut allemand de recherche économique DIW et l’autre par le professeur Gunther Schnabl de l’université de Leipzig, se sont penchées sur les investissements allemands à l’étranger découlant des excédents commerciaux de l’Allemagne.

Selon Gunther Schnabl, si l’on prend en compte le cumul des excédents courants de la balance des paiements (une bonne approximation aux excédents commerciaux) depuis le début de l’an 2000, il apparaît que l’Allemagne a investi 1660 milliards d’euros à l’étranger. Pourtant, le total des créances nettes de l’Allemagne envers l’étranger ne dépasse pas 1200 milliards d’euros actuellement. Autrement dit, l’Allemagne a enregistré une perte nette de 460 milliards d’euros sur ses investissements à l’étranger. Dans son étude, le DIW parvient à une estimation similaire des pertes essuyées depuis 2006, qu’il situe à 20% du PIB allemand.

Parmi les pays examinés par l’institut DIW, seuls les Pays-Bas ont fait pire, perdant l’équivalent de 40% de leur PIB sur leurs investissements extérieurs. L’Autriche affiche un taux de pertes similaire à l’Allemagne (20%) tandis que la France, l’Italie et le Royaume-Uni ont subi des pertes comprises entre 5 et 15%.

La Suisse n’a rien gagné, ni perdu sur ses investissements extérieurs, tandis que les Etats-Unis et la Belgique ont réussi à réaliser des plus-values de 25 et 30% respectivement. La réussite de la Belgique est particulièrement significative, car elle prouve que les moins-values de l’Allemagne sur ses investissements extérieurs ne sauraient être exclusivement imputées à la force de l’euro face aux autres devises.

On entend souvent que les excédents commerciaux sont une bonne chose puisqu’ils constituent des «réserves» pour les générations futures ou en prévision d’une période de vaches maigres. Cet argument n’est valable que si ces excédents sont investis judicieusement. La seule réponse valable qu’un économiste puisse apporter à la question en tête de cet article est donc l’habituelle réponse d’économiste: «Cela dépend».

ANDREAS HÖFERT UBS Wealth Management/Agefi Suisse  Mardi, 14.01.2014

http://agefi.com/forum-page-2/detail/artikel/les-excedents-commerciaux-sont-ils-bons-pour-les-etats%3F.html?issueUID=500&pageUID=14944&cHash=3f74ee1562c55db27d079ab86753d6bf

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