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Croissance Zéro : L’utopie à caractère régressif!

Croissance Zéro : L’utopie à caractère régressif!

La croissance zéro n’est pas réalisable. Ce qui n’empêche pas de réfléchir à des moyens de la maîtriser.

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«Qui n’avance pas recule.» Ce bon vieil adage, repris par d’autres sous une forme plus imagée – «si on ne pédale pas à vélo, on tombe» – est au cœur de la dernière publication d’economiesuisse: «Faut-il de la croissance?». Dans son mot d’introduction, Rudolf Minsch, chef économiste d’economiesuisse, donne le ton: «Pour beaucoup, la croissance, c’est toujours plus. Cette définition simpliste ne décrit que partiellement le phénomène. La croissance économique, c’est avant tout le changement, l’évolution, le progrès. A contrario, la croissance zéro, c’est l’immobilisme et le statu quo. Et parce que le monde continue de tourner et que nos besoins évoluent avec lui, le statu quo se transforme rapidement en régression».

Le document décline sept «mythes» de la croissance et, chiffres à l’appui, les démolit. «La croissance oblige à toujours consommer davantage» est par exemple le premier de ces mythes. La croissance économique est en effet liée dans l’esprit du public à la croissance de la consommation: «Les citoyens se laisseraient séduire par les sirènes de l’industrie et accumuleraient des biens superflus au lieu de jouir d’une liberté accrue». Dans les faits, les travailleurs suisses profitent d’une durée de travail hebdomadaire toujours plus courte et travaillent de moins en moins longtemps au cours de leur vie, du fait d’une durée de formation plus longue, de travail à temps partiel et de retraite souvent anticipée. La consommation privée augmente dans le même temps. Elle ne le fait pas en termes de quantité, mais de qualité des produits consommés. Un exemple de ce phénomène est l’expansion de l’agriculture biologique. Autre exemple de mythe: la croissance économique nuit à l’environnement. Pas forcément. La presse nous l’a appris cette semaine: les voitures modernes consomment toujours moins de carburant, ce qui est une excellente nouvelle non seulement pour le porte-monnaie, mais surtout pour l’environnement. La croissance économique n’entraîne pas nécessairement une augmentation de la consommation d’énergie. Les pays industrialisés ont ainsi enregistré une réelle amélioration de leurs indicateurs environnementaux ces dernières décennies. Comme l’indique economiesuisse: «La protection de la nature est devenue un argument de vente décisif et le développement de technologies et de mécanismes respectueux de l’environnement draine des investissements considérables. Tous ces phénomènes stimulent la croissance et sont des processus caractéristiques d’une économie mûre.»

Les autres mythes développés dans ce document sont: l’action politique peut facilement empêcher la croissance, il est impossible de maintenir la croissance exponentielle à long terme, la croissance peut être induite par des subventions ou des investissements publics, les inégalités et la pauvreté des pays en développement sont des conséquences de la croissance des pays industrialisés, le protectionnisme protège la prospérité.

La conclusion de l’analyse de ces thèses est que la croissance zéro est une utopie régressive. Cela ne doit néanmoins pas nous empêcher de réfléchir à une croissance maîtrisée, consentie et bien comprise. La croissance, sous l’angle du progrès économique, est le résultat des efforts d’innovation déployés par les hommes. Le progrès est inéluctable, tant que les hommes seront dotés d’intelligence et qu’ils la mettront au service de l’évolution. C’est une bonne chose.

VÉRONIQUE KÄMPFEN  FER Genève/ AGEFI SUISSE 22/8/2014

http://agefi.com/suisse/detail/artikel/la-croissance-zero-nest-pas-realisable-ce-qui-nempeche-pas-de-reflechir-a-des-moyens-de-la-maitriser-379948.html?issueUID=659&pageUID=19685&cHash=233c4fa7895745c756ed1085b1670b18

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Vous avez dit PIB PAR JEAN-PIERRE BÉGUELIN

Commenter à chaud les chiffres d’un PIB trimestriel est si difficile qu’on devrait éviter d’en tirer des conclusions générales comme c’est malheureusement trop souvent le cas

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Commenter à chaud les chiffres d’un PIB trimestriel frais émoulu des cuisines statistiques nationales est un exercice fort délicat et plein d’embûches. Heureusement qu’on le sait d’ailleurs, sinon la plupart des commentaires donneraient à rire, et non pas simplement à sourire comme c’est le plus souvent le cas de nos jours. Il y a évidemment les déclarations politiques des ministres concernés qu’il ne vaut même pas la peine d’écouter ou de lire tant elles sont convenues, mais qui, malheureusement, sont de plus en plus fréquentes depuis que la croissance trimestrielle du PIB est devenue un véritable veau d’or politico-médiatique dans nos contrées. Un restant de charité chrétienne nous fait toutefois plaindre le pauvre ministre contraint de devoir annoncer 0% ou moins de croissance contre – mettons – les 0,2% attendus, car le PIB n’est simple ni à expliquer ni surtout à construire.

Cet agrégat est en fait un Lego dont certaines pièces s’ajusteraient mal et qu’on devrait souvent raboter pour les faire tenir ou, tout simplement, manqueraient et devraient être remplacées par d’autres plus ou moins semblables, mais qui ne s’emboîteraient d’ailleurs pas parfaitement dans la construction. Avec le temps, cependant, on retrouve souvent certaines des pièces manquantes, si bien que le résultat initial sera plusieurs fois révisé non seulement dans les mois qui suivent sa première publication, mais souvent bien plus tard. En Suisse, par exemple, la récession qui avait frappé l’économie dans les années 1995-1996 suite à une envolée du franc est d’abord apparue normalement comme un recul du PIB réel, mais ce recul a disparu des tabelles officielles au début du siècle pour finalement réapparaître ces dernières années.

A plus court terme, toutefois, certains problèmes d’estimation sont bien connus. Dans nos pays, on construit moins durant l’hiver, la production chute pendant les vacances estivales et les ménages achètent plus en décembre qu’en janvier. Or, si l’on veut comparer l’évolution effective de l’activité économique d’un trimestre à l’autre, il faut lisser ces fluctuations saisonnières. Habituellement, les statisticiens estiment l’excès ou le manque typique de production ou de demande durant un trimestre, puis ils soustraient ou ajoutent ce montant aux données de base qu’ils ont collectées, obtenant ainsi finalement le chiffre dit corrigé des variations saisonnières. Si, par exemple, l’arrêt de la construction abaisse en moyenne le PIB de 2% en hiver, on ajoutera donc 2% à l’estimation originale de cet agrégat pour obtenir la mesure, qui sera effectivement publiée, du PIB au premier trimestre.

Mais c’est là une correction qui n’est valable qu’en moyenne. Si un hiver particulièrement rude a fait chuter l’activité de 5%, l’ajustement saisonnier normal et appliqué ne sera que de 2%, si bien que le PIB publié reculera de 3% et les Cassandre crieront au loup. A tort, évidemment, car, avec les hirondelles, le printemps ramènera le beau temps qui permettra à l’économie de rattraper son retard en accélérant temporairement ses rythmes de production grâce aux heures supplémentaires ou à une reprise des achats. Ainsi, le PIB rebondira au deuxième trimestre d’une telle année et son taux de croissance sera d’autant plus impressionnant qu’on le calculera sur la base d’un trimestre déprimé par l’hiver brutal que cette économie vient de subir. Tous les spécialistes le savent, mais cela n’empêchera pas de soi-disant experts de s’extasier alors sur la santé de cette économie, sa productivité, sa flexibilité et j’en passe.

C’est ce qui vient d’arriver aux Etats-Unis, qui ont été frappés par un hiver 2014 glacial, neigeux et long. En chiffres non annualisés, leur PIB trimestriel a ainsi reculé de 0,5% au premier trimestre pour rebondir de 1% au deuxième. Il n’y a toutefois pas là raison de crier au miracle puisque ce dernier chiffre ne dépasse que de quelque 2,4% celui observé au printemps 2013, soit un taux de croissance raisonnable, mais pas exceptionnel compte tenu d’un taux d’occupation de la main-d’œuvre qui demeure assez faible outre-Atlantique. En outre, l’introduction du nouveau régime d’assurance maladie, dit Obamacare, a temporairement ralenti les dépenses de santé américaines tout en compliquant leur mesure statistique, un frein qui est venu s’ajouter aux rigueurs hivernales pour entraîner la croissance négative de premier trimestre 2014 aux Etats-Unis.

De tels événements fortuits et uniques ne sont toutefois pas rares, même si leur impact est souvent fort difficile à mesurer avec précision. Par exemple au Japon, le passage, annoncé de longue date, de 5% à 8% du taux de la TVA en avril dernier a fait gonfler le PIB cet hiver, les ménages nippons ayant tout naturellement précipité leurs achats de biens durables avant cette hausse de 60% des impôts indirects. Ces dépenses faites, les Japonais ont évidemment moins consommé ce printemps, si bien que le PIB nippon a tout naturellement reculé au deuxième trimestre, sans qu’il faille en conclure à l’échec de l’Abenomics comme l’ont fait trop facilement certains.

Comme d’habitude, l’Eurozone cumule les problèmes, le Lego de son PIB ayant de multiples branches, parfois bien mal reliées les unes aux autres. L’hiver 2014 ayant été particulièrement doux sur les bords du Rhin, la construction n’y a pas subi son coup d’arrêt saisonnier et les besoins en chauffage ont été moins intenses que d’habitude. Au premier trimestre, la croissance du PIB fut ainsi soutenue – + 0,7% – en Allemagne alors qu’elle tournait négative – -0,4% – aux Pays-Bas, ceux-ci ne pouvant plus livrer autant de gaz naturel que les hivers précédents. Avec la normalisation du printemps c’est tout naturellement qu’au deuxième trimestre le PIB allemand a rechuté de quelque 0,2% et le hollandais regagné 0,5%.

Dans ces circonstances, la croissance nulle affichée par le PIB de l’Eurozone tout entière ce printemps n’aurait rien de surprenant si ce n’était un élément un peu contradictoire, à savoir la bonne tenue simultanée des enquêtes trimestrielles sur la marche des affaires dans l’industrie, particulièrement en Allemagne. Ces derniers indicateurs peuvent toutefois avancer sur l’activité globale si bien que la croissance de la production pourrait bien redevenir positive en Europe dès la rentrée des vacances grâce avant tout à la reprise des exportations industrielles vers les Etats-Unis et l’Asie. C’est fort possible d’autant que, selon les plus récents chiffres de la BCE, les banques européennes paraissent plus ouvertes et plus disposées à accorder des crédits que ce ne fut le cas de longtemps.

Alors, une prochaine embellie conjoncturelle en Europe? Après tout pourquoi pas? Réponse dans quelques mois…

Source Le Temps 22/8/2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/7b4b590e-2a0d-11e4-8ab3-d33d36d7ae61/Vous_avez_dit_PIB

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