Guerre de Religions, guerre de Civilisation

Le dernier acte de barbarie infligé par l’EI au pilote Moaz al-Kasasbeh/Le groupe Etat islamique torture et assassine des enfants/Qui manipule l’organisation de l’État islamique ?

Le dernier acte de barbarie infligé par l’EI au pilote Moaz al-Kasasbeh

Aux États-Unis, l’émotion provoquée par la mort du pilote jordanien, qui aurait été brûlé vif par les fanatiques de l’Etat islamique, est exploitée par ceux qui réclament un durcissement de l’intervention militaire. Rares, déplore l’auteur, sont ceux qui s’avisent que les bombes, les guerres – et les mesures de plus en plus répressives – ne font qu’alimenter la barbarie. Ce constat s’applique, bien évidemment, également aux pays européens. [ASI]

Moaz al-Kasasbeh

Le visage endolori du jeune Moaz al-Kasasbeh, sa tragique solitude, ne cesseront de nous hanter

pilote jordanien

Feu le pilote Moaz al-Kasasbeh

Nous constituer prisonniers, otages de l’Histoire

L’offrande sur le bûcher

Aucun être humain sain d’esprit ne peut approuver le dernier acte de barbarie indicible qu’a infligé « l’Etat islamique » à son otage, le lieutenant Moaz al-Kasasbeh, pilote jordanien. Trop de gens considéreront néanmoins ce meurtre effroyable comme un bon calcul en raison de la poursuite et même du redoublement des efforts déployés par les États-Unis et leurs « partenaires de coalition », y compris (tragiquement) la Jordanie, pour le faire oublier par des bombardements. Le travail de nos médias et des commentateurs politiques conventionnels aux États-Unis n’aide pas le public à comprendre clairement que c’est la pire décision que nos dirigeants puissent prendre.

Trop peu de gens, je le crains, comprennent que les activités monstrueuses de « l’Etat islamique »  vont continuer, sinon s’accroître, tant que les anciennes puissances coloniales et impériales de l’Ouest, le Japon, et leurs alliés arabes – tous des tyrans et des dictateurs redevables ou de connivence avec la puissance impériale des États-Unis et cherchant la « sécurité » – persisteront dans leurs tentatives de façonner le Moyen-Orient et de contrôler son destin.

Il semble néanmoins probable, quelle que soit la durée de ses activités infernales, que c’est « l’Etat islamique » lui-même – comme tant d’autres organisations extrémistes et fanatiques passées et actuelles – qui finira par se détruire de l’intérieur. L’opinion publique dans le monde entier, et surtout au Moyen-Orient, est, dans son immense majorité, opposée à l’usage de ces tactiques barbares et perverties. Partout, et en particulier là où règne jour et nuit une telle terreur, les gens les craignent et les détestent. En fin de compte, les principaux dirigeants de « l’Etat islamique », et des groupes semblables, s’embrocheront sur leur propre épée et seront achevés sauvagement par les populations les plus directement touchées par leur brutalité.

Des Etats existant depuis longtemps, coupables de centaines de milliers d’atrocités pendant des siècles, sont beaucoup plus difficiles à vaincre. Au cours des siècles, ils ont mis en place des moyens de contrôle de leurs populations de plus en plus sophistiqués, utilisant la structure et les mécanismes du pouvoir d’Etat pour instiller la xénophobie, endoctriner leurs citoyens par la propagande, parfaire leur surveillance, et s’assurer que leurs populations soient distraites, forcées au silence ou vivant dans la peur. Dans ces cas, la mobilisation de la dissidence n’est que plus difficile.

Aux Etats-Unis aujourd’hui, les dissidents affrontent une double tâche. Premièrement, dénoncer dans les termes les plus énergiques les monstres de type Frankenstein que leur pays a contribué à créer et qu’il entretient en bombardant des organisations comme « l’Etat islamique ». Deuxièmement, convaincre leurs concitoyens que les politiques choisies par leurs dirigeants ne correspondent pas à l’intérêt général ; qu’elles ne renforcent pas leur sécurité ni n’augmentent leur popularité dans le monde ni n’encouragent des solutions pacifiques, diplomatiques, sans recours à la violence. Au contraire, la politique étrangère états-unienne actuelle a fait croître dramatiquement la probabilité d’actes terroristes sur le sol américain, autant fomentés de l’intérieur que financés de l’étranger.

Ces deux tâches nécessitent à la fois une action immédiate et soutenue et le dévouement de toute une vie. Faute de quoi nos enfants hériteront du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui : où des gens innocents de tous âges et de toutes origines sont décapités, brûlés vifs, exécutés, gazés et assassinés par des drones sans pilote, détenus sans procès, torturés dans des prisons secrètes, « disparus », déplacés, sacrifiés sur l’autel d’une idéologie d’Etat, massacrés ou bien soumis d’une autre manière aux sous-produits de la civilisation avancée et militarisée.

Jennifer Loewenstein | 2 février 2015

Jennifer Loewenstein est professeur associée à la Middle East Studies University du Wisconsin, Madison. Lui écrire à : amadea311@earthlink.net

Article original:  http://www.counterpunch.org/2015/02/04/burnt-offering/

Traduit par Diane Gilliard et Chris pour Arrêt sur Info

Source: http://arretsurinfo.ch/le-dernier-acte-de-barbarie-inflige-par-lei-au-pilote-moaz-al-kasasbeh/

Le groupe Etat islamique torture et assassine des enfants

AFP 6/2/2015

Le rapport que le Comité des droits de l’enfants de l’ONU a rendu public à Genève sur la situation des enfants en Irak est accablant

L’ONU a dénoncé mercredi le recrutement en Irak par des «groupes armés», en particulier par l’Etat islamique (EI), d’»un grand nombre d’enfants», y compris handicapés, pour en faire des combattants, des kamikazes et des boucliers humains, ainsi que les sévices sexuels et les autres tortures qui leur sont infligés.

C’est «un énorme problème», a asséné devant des journalistes à Genève Renate Winter, l’un des 18 experts indépendants membres du Comité des droits de l’enfant des Nations unies (CRC), dont la tâche consiste à s’assurer que les Etats respectent la mise en oeuvre des traités internationaux relatifs aux droits des mineurs et qui a rendu un rapport sur la situation des enfants en Irak.

«Des enfants (sont) utilisés comme kamikazes, y compris des enfants handicapés ou ceux qui ont été vendus à des groupes armés par leurs familles», soulignent les auteurs du rapport.

Ils expliquent aussi comment certains mineurs ont été transformés en «boucliers humains» pour protéger des installations de l’EI des frappes aériennes, forcés à travailler à des postes de contrôle ou employés à la fabrication de bombes pour les jihadistes.

Le comité a exhorté Bagdad à explicitement criminaliser le recrutement d’une personne de moins de 18 ans dans les conflits armés.

Le CRC a en outre dénoncé les nombreux cas d’enfants, notamment appartenant à des minorités, auxquels l’EI a fait subir des violences sexuelles et d’autres tortures ou qu’il a purement et simplement assassinés.

Bien que le gouvernement irakien soit tenu pour responsable de la protection de ses administrés, Mme Winter a reconnu qu’il était actuellement difficile de poursuivre les membres des «groupes armés non étatiques» pour de tels actes.

Selon elle, le gouvernement devrait s’efforcer de faire tout son possible pour protéger les enfants dans les zones qu’il contrôle et pour les extraire des lieux contrôlés par l’EI.

Le comité a toutefois souligné que certaines violations des droits des enfants ne pouvaient être attribuées aux seuls jihadistes.

De précédents rapports relevaient ainsi que des mineurs étaient obligés d’être de faction à des postes de contrôle tenus par les forces gouvernementales ou que des enfants étaient emprisonnés dans des conditions difficiles à la suite d’accusations de terrorisme, et dénonçaient également des mariages forcés de fillettes de 11 ans.

Une loi permettant aux violeurs d’éviter toute poursuite judiciaire à condition de se marier avec leurs victimes s’est particulièrement attirée les foudres du CRC, qui a rejeté l’argument des autorités de Bagdad selon lesquelles c’était «le seul moyen de protéger la victime des représailles de sa famille».

Les enfants victimes des atrocités du groupe EI

Irak/SyrieL’ONU accuse le groupe d’exécutions d’enfants en masse, que les djihadistes crucifient, décapitent ou ensevelissent vivants.

Deux garçons de la communauté Yézidi réfugiés dans un camp, le 10 janvier 2015.

Deux garçons de la communauté Yézidi réfugiés dans un camp, le 10 janvier 2015.Image: AFP

Des mineurs sont de plus en plus souvent utilisés par le groupe pour commettre des attentats suicides.

Ils servent également à jouer le rôle d’informateurs ou de boucliers humains chargés de protéger des installations des bombardements de la coalition emmenée par les Etats-Unis, poursuit-il.

Handicapés mentaux utilisés

«Nous sommes vraiment très préoccupés par la torture et le meurtre de ces enfants, tout particulièrement ceux qui appartiennent à des minorités, mais pas seulement», a déclaré une experte membre au comité, Renate Winter.

Des enfants membres de la communauté Yézidi ou de la communauté chrétienne font partie des victimes, a-t-elle dit.

«Nous avons des informations sur des enfants, en particulier des enfants déficients mentaux, qui sont utilisés comme kamikazes, très probablement sans leur propre consentement», a-t-elle également souligné.

«Une vidéo diffusée (sur internet) montre de très jeunes enfants, d’environ huit ans et moins, qui sont entraînés pour devenir des enfants soldats.

Décapitations, crucifixions

Le comité des Nations unies a dénoncé «l’assassinat systématique d’enfants appartenant à des minorités religieuses ou ethniques par des membres de l’organisation de l’Etat islamique». Il évoque plusieurs cas d’exécutions de masse de garçons, ainsi que des décapitations, des crucifixions et des ensevelissements d’enfants vivants.

Il souligne par ailleurs que de nombreux enfants ont été tués ou grièvement blessés dans des frappes aériennes ou des bombardements imputés à l’armée irakienne et que d’autres ont succombé à la déshydratation, à la faim ou à la chaleur.

Gouvernement ciblé

L’Etat islamique est responsable de violences sexuelles systématiques et notamment d’enlèvement et d’asservissement sexuel d’enfants.

«Les enfants des minorités ont été capturés dans beaucoup d’endroits, vendus sur des marchés avec sur eux des étiquettes portant des prix, ils ont été vendus comme esclaves».

Les Dix-huit experts indépendants qui ont contribué à ce rapport demandent aux autorités irakiennes de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les enfants qui vivent sous le joug de l’Etat islamique et de poursuivre les auteurs des crimes. (ats/Newsnet)

Nouvelle atrocité de Daesh à Mossoul

Tunis Tribune, 21 janvier 2015 :

Treize adolescents ont été exécutés par l’Etat islamique (Daesh) la semaine dernière, 12 janvier, dans la ville de Mossoul en Irak pour avoir regardé un match de foot opposant l’Irak et la Jordanie de la Coupe d’Asie des nations, rapporte le Dailymail dans son édition du 19 janvier. Les adolescents ont été arrêtés et exécutés en public par un peloton d’exécution armé de mitraillettes.

Tués pour l’exemple

Les adolescents savaient qu’ils n’avaient pas le droit d’assister à la rencontre sportive et s’étaient cachés dans un quartier de la ville. Malheureusement, ils ont été trouvés par des membres de Daech. Traînés au milieu de la foule, les treize enfants se sont fait sermonner pour le « crime » qu’ils avaient commis puis ont été abattus à la mitraillette sous les yeux de leurs parents.

Leurs corps ont été volontairement laissés sur le sol à la vue de tous. «Raqqa Is Being Slaughtered Silently», rapporte que les adolescents ont été interceptés après la partie – qui se tenait en Australie le 12 janvier dernier – par des militants, puis exécutés publiquement par un peloton d’exécution armé de mitraillettes. Avant de faire feu, on a annoncé leur « crime » à l’aide d’un haut-parleur.

«Les parents n’ont pas tenté de récupérer les dépouilles de leurs enfants, de peur de représailles de l’organisation terroriste. Les corps sont demeurés là», note-t-on sur le site de Raaq Is Being Slaughetered. Trois jours plus tard, deux hommes présumés gay ont été jetés du haut d’un édifice à Mossoul par des membres de l’État islamique.

Qui manipule l’organisation de l’État islamique ?

LE JEU TROUBLE DES PAYS DU GOLFE ET DE LA TURQUIE

ORIENT XXI  29 JANVIER 2015

L’Organisation de l’État islamique (OEI) n’est pas le produit d’une génération spontanée. Dans son arbre généalogique on trouve Al-Qaida en Irak et, un peu plus haut, Ansar Al-Islam. Dans cette filiation, on décèle l’ADN du royaume saoudien dont l’obsession est de contrecarrer l’influence iranienne, notamment en Irak. La Turquie a également participé à l’émergence de l’OEI, une mouvance qui risque de se retourner contre ses inspirateurs.

Il est peu vraisemblable que l’auteur du double attentat de la porte de Vincennes et de Montrouge2 — comme ceux qui l’ont aidé dans son entreprise meurtrière — ait perçu combien l’OEI est un instrument aux mains d’États arabes et occidentaux. L’aurait-il su qu’il aurait peut-être admis que les manœuvres diplomatiques internationales sont sans commune mesure avec la vision qu’il avait de son rôle dans le djihadisme anti-occidental.

MANIPULATION SAOUDIENNE DES PASSIONS COLLECTIVES

Lorsque la Syrie connaît ses premiers soulèvements en 2011, les Qataris d’abord, suivis quelques mois plus tard par les Saoudiens, montent, chacun de leur côté, des initiatives pour accélérer la chute du régime de Bachar Al-Assad.

À l’été 2013, alors que la Syrie s’enfonce dans la guerre civile, le prince Bandar ben Sultan, chef des services saoudiens, rencontre le président Vladimir Poutine3. Il met une offre sur la table qui peut se résumer ainsi : collaborons à la chute d’Assad. En échange, le royaume saoudien vous offre une entente sur le prix du pétrole et l’assurance que les groupes djihadistes tchétchènes ne s’en prendront pas aux jeux de Sotchi. Au-delà d’un projet d’entente cynique mais somme toute classique dans les relations entre États, c’est la reconnaissance par le royaume saoudien de sa manipulation des djihadistes tchétchènes qu’il faut retenir. Bien avant les attentats du 11-Septembre, le même prince Bandar, alors ambassadeur à Washington, annonçait que le moment n’était pas si loin où les chiites n’auraient plus qu’à prier pour espérer survivre.

Le royaume est coutumier de ces manœuvres. Dès le XVIIIe siècle, Mohammed ibn Saoud percevait combien il était utile d’enflammer les passions collectives pour asseoir son pouvoir. Pour y parvenir il s’était appuyé sur une doctrine religieuse et un pacte d’alliance passé alors avec un théologien, Mohammed Ibn Abdel Wahhab. Parce qu’il avait su mettre en avant, avec succès, les notions de djihad et d’apostasie, il avait conquis l’Arabie en éliminant l’islam syncrétique que Constantinople avait laissé prospérer sur les vastes provinces arabes de son empire.

Les recettes d’aujourd’hui sont les mêmes que celles d’hier. Ceux qui, comme l’Arabie saoudite (mais on pourrait en dire autant des États-Unis et de ceux qui ont lié leur diplomatie à celle de Washington) ont manipulé l’islamisme radical et favorisé l’émergence d’Al-Qaida4 puis de l’OEI en Irak et en Syrie, savent qu’ils touchent une corde sensible au sein de la communauté sunnite5. Leur objectif est de capitaliser sur l’animosité ressentie par cette communauté qui s’estime marginalisée, mal traitée et qui considère que le pouvoir alaouite, en place à Damas6 et chiite à Bagdad7 a usurpé un droit à gouverner. Ce que recherchent les concepteurs de cette politique destructrice c’est à instituer aux frontières iraniennes et du chiisme un contrefort de ressentiment sunnite. Et c’est en toute connaissance de cause que Riyad combine l’aide au djihadisme extérieur qui s’est donné pour objectif de faire pression sur les chiites, et la lutte contre le djihadisme intérieur qui menace la maison des Saoud. C’est d’ailleurs une position schizophrène lorsqu’on considère que l’espace doctrinal qui va du wahhabisme officiel saoudien au salafisme revendiqué par le djihadisme se réduit à presque rien. Presque sans surprise, on constate que le royaume saoudien et l’OEI ont la même conception des fautes commises par les membres de leur communauté et le même arsenal répressif (mort par lapidation en cas d’adultère, amputation en cas de vol…)8.

L’OEI n’est pas le produit d’une génération spontanée. Dans son arbre généalogique on trouve Al-Qaida en Irak et, un peu plus haut, Ansar al-Islam. Dans cette filiation, on décèle sans difficulté l’ADNdu royaume saoudien dont l’obsession est de contrecarrerl’influence des chiites sur le pouvoir irakien, de restreindre les relations entre Bagdad et Téhéran et d’éteindre les velléités démocratiques qui s’expriment — toutes évolutions que le royaume estime dangereuses pour la survie et la pérennité de sa dynastie. En revanche, il finance ceux des djihadistes qui développent leurs activités à l’extérieur du royaume. Sauf que ce djihadisme «  extérieur  » constitue désormais une menace contre le régime des Saoud.

LES AMBITIONS RÉGIONALES D’ERDOGAN

Depuis la nomination de Recep Tayyip Erdogan comme premier ministre en 2003 (puis comme président en 2014) le pouvoir turc est entré dans une phase «  d’ottomanisme  » aigu que chaque campagne électorale exacerbe encore plus9. Le président n’a de cesse de démontrer que la Turquie peut récupérer l’emprise sur le Proche-Orient et sur le monde musulman que l’empire ottoman a perdu à la chute du califat. Convoquer les symboles nationalistes d’un passé glorieux10, conforter l’économie de marché, faire le lit d’un islam conforme à ses vues, proches de celui des Frères musulmans et acceptable par les pays occidentaux, lui est apparu comme le moyen d’imposer le modèle turc au Proche-Orient tout en préservant ses liens avec les Américains et les Européens. Il espère du même coup supplanter l’Arabie saoudite dans sa relation privilégiée avec les pays occidentaux et servir d’inspiration, voire de modèle, à un Proche-Orient qui serait ainsi rénové. Les révoltes arabes de 2010-2011 lui ont donné un temps le sentiment qu’il pouvait réussir dans son entreprise. L’idée selon laquelle certains États seraient susceptibles de s’en remettre aux Frères musulmans n’était pas alors sans fondement. Erdogan imaginait probablement convaincre le président syrien d’accepter cette évolution. La victoire des islamistes égyptiens aux législatives de novembre 2011 (la moitié des sièges est gagnée par les seuls Frères musulmans) puis la réussite de Mohamed Morsi à l’élection présidentielle de juin 2012 ont conforté ses vues (il avait obtenu plus de la moitié des votes). Erdogan a pu envisager d’exercer son influence sur le Proche-Orient arabe et de tenir la baguette face à l’État islamique qui s’affirme.

Mais ce cercle vertueux se défait lorsqu’il devient évident qu’Assad ne quittera pas le pouvoir, quel que soit le prix à payer pour la population syrienne. Dès juin 2011, Erdogan prend fait et cause pour la rébellion syrienne. Il contribue à la formation de l’Armée syrienne libre (ASL) en mettant son territoire à sa disposition. Il parraine l’opposition politique influencée alors par les Frères musulmans. Pire pour ses ambitions, Morsi et les Frères musulmans sont chassés du pouvoir par l’armée égyptienne au terme d’un coup d’État (3 juillet 2013) largement «  approuvé  » par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et encensé par le Koweït.

Erdogan perd la carte des Frères musulmans, désormais désignés comme terroristes par Riyad. Il doit réviser sa stratégie. À l’égard de la Syrie, il n’a désormais pas de mots assez durs pour décrire Assad et exiger son départ. Vis-à-vis de l’Arabie saoudite, il fait le choix de défier le royaume avec la même arme : l’islamisme radical. Il fait désormais partie de ceux qui croient que les djihadistes de l’OEIpeuvent provoquer la chute du régime d’Assad. De là à les aider il n’y a qu’un pas qu’Ankara avait de toutes façons déjà franchi. L’étendue de la frontière turco-syrienne facilite cette assistance. Pour peu que la sécurité turque ferme les yeux, il n’est pas difficile de franchir cette frontière, d’acheter et de vendre du pétrole, de faire passer des armes, de laisser passer en Syrie les aspirants djihadistes, d’autoriser les combattants à revenir sur le territoire turc pour recruter, mettre au point leur logistique ou s’y faire soigner.

LES APPRENTIS SORCIERS

Mais les passions collectives ont ceci de particulier qu’une fois libérées elles échappent au contrôle de leurs instigateurs, s’émancipent et produisent des effets qui n’étaient pas imaginables. Pire, elles finissent parfois par se retourner contre ceux qui les ont manipulées. L’exemple le plus caractéristique des dernières années aura été celui du Pakistan de Zia Al-Haq, qui avait apporté sa collaboration aux djihadistes sunnites en Afghanistan avant d’être lui-même contraint par le bon vouloir de l’islamisme radical. Aujourd’hui, ce sont la Turquie et l’Arabie saoudite qui font l’expérience de ce retour de flamme.

Ankara et Riyad, désormais à couteaux tirés, connaissent les déboires de tous ceux qui ont aidé les groupes djihadistes. Une cinquantaine de ressortissants turcs, dont des diplomates, ont été kidnappés à Mossoul le 11 juin 2014. Ankara a dû négocier leur libération d’égal à égal avec l’OEI, quasiment «  d’État à État  ». Des milliers de réfugiés kurdes quittent la Syrie pour venir se réfugier en Turquie, rendant la résolution de la question kurde encore plus problématique pour Erdogan. En octobre dernier, le gouvernement turc a violemment réprimé des manifestants qui protestaient contre le refus du président d’aider les Kurdes de Syrie à Kobané qui étaient menacés par l’OEI. Dans la première semaine de janvier 2015, deux attentats commis à Istanbul, non encore élucidés, confirment que la société turque n’est pas immunisée contre les évolutions de ses voisins proches ou plus lointains11.

Depuis au moins 1979 et la prise d’otages de la Mecque, Riyad est régulièrement atteint par la violence «  islamiste  », même si les informations précises font le plus souvent défaut sur ses commanditaires et leurs motivations. C’est dans les années 2003-2004 que plusieurs chefs se revendiquant d’Al-Qaida s’en sont pris au royaume et ont été éliminés (Youssef Al-Airi en 2003, Khaled Ali Al-Haj et Abdelaziz Al-Moqrin en 2004). Ce qui semble le plus clair, c’est que la violence politique qui touche l’Arabie saoudite depuis une quarantaine d’années puise sa source dans la contestation de la légitimité des Saoud et de leurs liens avec Washington. Riyad est donc bien placé pour percevoir le risque que l’OEI fait courir à son royaume.

L’OEI ne fait pas mystère de sa haine des liens que le royaume a développés avec les pays occidentaux. Elle y voit une trahison de l’islam. Elle n’a que mépris pour un roi qui se présente comme le «  Gardien des deux saintes mosquées  » et le défenseur de l’islam authentique, mais qui a accueilli sur son sol l’armée américaine. L’OEI constitue désormais une menace pour le régime des Saoud. Elle a donné l’assaut début janvier à un poste-frontière saoudien. Le royaume a pris des mesures sécuritaires draconiennes pour s’en protéger12 : érection d’un mur de sécurité d’un millier de kilomètres sur sa frontière nord avec l’Irak, d’une seconde barrière de sécurité sur sa frontière avec le Yémen, mise en place de dizaines de milliers de troupes au contact de la frontière irakienne. Sans oublier les lois antiterroristes adoptées en 2014 pour dissuader ses nationaux de rejoindre les rangs djihadistes (lourdes peines de prison, mesures de rétorsion à l’égard de ceux qui sympathisent avec des mouvements religieux radicaux, arrêt du financement d’une chaîne satellite basée en Égypte connue pour son caractère anti-chiite…). Riyad fait aussi partie de la «  coalition internationale antiterroriste  » mise en place par Barack Obama en septembre 2014.

NI GAGNER, NI PERDRE

Si l’OEI est bien un rempart sunnite contre le chiisme et, accessoirement, contre le régime d’Assad, ses soutiens saoudiens et turcs ne peuvent envisager son éradication. Ils savent que l’islam sunnite aurait le plus grand mal à se relever d’une défaite militaire de l’organisation. L’Iran apparaîtrait comme le vainqueur définitif. Cette perspective n’est pas envisageable pour Riyad, Ankara, Amman, Washington ou Israël. La coalition internationale mise en place sous la houlette des Américains fait face au même dilemme. Elle doit éradiquer un djihadisme qui pratique un terrorisme aux ramifications internationales et déstabilise la région tout en ne donnant pas l’impression qu’elle porte le fer contre la communauté sunnite. La leçon irakienne de 2003 a été retenue à Washington et en Europe.

Ce délicat dosage devrait entraîner un certain nombre de conséquences. L’OEI ne l’emportera pas définitivement parce que sa nuisance mortifère sera contenue par des frappes militaires. Elle ne disparaîtra pas parce que beaucoup de sociétés arabes proche-orientales partagent ses vues religieuses13, mais ne pourra pas étendre significativement son emprise territoriale. Elle conservera cependant l’un de ses atouts : être un instrument «  diplomatique  » utile à beaucoup d’États, ceux qui la soutiennent comme ceux qui la combattent. En d’autres termes, l’OEI est là pour longtemps.

1Michel Henry, «  Amedy Coulibaly revendique son acte dans une vidéo posthume  », Libération, 11 janvier 2015.

2Amedy Coulibaly est l’auteur de deux attaques terroristes : à Montrouge le 8 janvier 2015 (une policière tuée) et Paris le jour suivant, 9 janvier 2015 (4 otages de confession juive assassinés).

3Sahar Ghoussoub, «  Russian President, Saudi Spy Chief Discussed Syria, Egyp  »tAl Monitor, 22 août 2013 : «  À titre d’exemple, je peux vous garantir que nous protégerons les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi sur la mer Noire l’année prochaine. Les groupes tchétchènes qui menacent la sécurité des jeux sont contrôlés par nous et ils ne prendront pas la direction de la Syrie sans s’être coordonnés avec nous. Ces groupes ne nous font pas peur. Nous les utilisons face au régime syrien mais ils n’auront aucun rôle ni aucune influence sur l’avenir politique de la Syrie  » (c’est nous qui traduisons).

4Écouter les déclarations — en anglais — d’Hillary Clinton sur la responsabilité des États-Unis dans la création d’Al-Qaida.

6Le clan de la famille Assad est issu de la minorité alaouite dont la doctrine, issue du chiisme mais qui s’en est éloigné, a adopté des croyances syncrétiques, remonte au IXe siècle. Les alaouites ont longtemps été jugés hérétiques par les autres branches de l’islam. En 1936, ils sont officiellement reconnus comme musulmans. En 1973, l’imam Moussa Sadr les admet dans la communauté chiite. Le clan Assad gouverne la Syrie depuis 1971.

7Nouri Al-Maliki a été en poste de 2006 à 2014.

8Mary Atkinson et Rori Donaghy, «  Crime and punishment : Islamic State vs Saudi Arabia  », Middle East Eye, 20 janvier 2015.

9Des législatives sont prévues pour juin 2015.

10Sa récente décision de recevoir les hôtes de marque encadrés par une haie de guerriers en costume d’époque peut sembler dérisoire mais elle est significative des rêves de retour à la grandeur ottomane du président turc.

13Dans leurs réactions aux attentats de Paris, les sociétés arabes proches-orientales ont globalement témoigné d’un réel malaise, partagées entre rejet et «  compréhension  ».

http://orientxxi.info/magazine/qui-manipule-l-organisation-de-l,0801

Guerre au Moyen-Orient: confusion des genres au dessus de la Syrie

Des Lokheed-Martin F-22 Raptor et des McDonnell Douglas F/A-18 Hornet de l’US Air Force accompagné d’une vingtaine de General Dynamics F-16 de l’armée de l’air jordanienne, soit une bonne moitié de la flotte aérienne de ce pays en état de voler, ont mené des raids sur des positions de Daech dans la province d’Al-Riqqa en Syrie orientale.

Daech est donc à la fois épouvantail et prétexte à une intervention de forces étrangères en Syrie. Pour la bonne cause dira t-on! Maiss suivez donc la flèche!

Le Roi Abdallah II de Jordanie a beau user de phrases à la Clint Eastwood et d’inscrire des versets du Coran sur les bombes et les missiles que ses avions de combat vont déverser sur Daech, il n’en demeure pas que son pays a joué un rôle certain dans l’apparition de cette légion de chiens de guerre qu’est cette organisation terroriste. Le Nord du royaume Hachémite a en effet abrité pour plus de 14 mois des camps d’entraînement de mercenaires et de volontaires étrangers voulant rejoindre le pseudo-Djihad en Syrie.

Quelle situation étrange: alors que près de Damas, des Mikoyan-Gourevitch Mig-29 bombardent la soi-disant « armée de l’Islam », des Lockheed Martin F-22 américains accompagnés d’avions de combat jordaniens survolent une partie du territoire syrien pour bombarder une autre organisation qui lui est affiliée.

Où tout cela va t-il mener? La réponse à cette question ne peut valoir plus d’une poignée de dollars de plus.

https://strategika51.wordpress.com/2015/02/07/guerre-au-moyen-orient-confusion-des-genres-au-dessus-de-la-syrie/

ETAT ISLAMIQUE (DAESH). Syrie: l’incroyable mort atroce d’un homosexuel à Raqqa

Posted on fév 4, 2015

tueurCrucifixions, lapidations, décapitations, personnes brûlées vives, meurtres, attentats: la barbarie de Daech n’a aucune limite.

Depuis l’instauration du régime de terreur de l’Etat islamique, l’homosexualité est considérée comme un crime à punir par la mort. Les canaux de propagande du groupement terroriste diffusent depuis plusieurs semaines des images de ses crimes contre les gays. Une nouvelle vidéo choc, où on voit un « homosexuel » jeté du haut d’un immeuble, a fait son apparition.Soupçonné d’avoir eu une relation homosexuelle, l’homme a été balancé dans le vide par une poignée de sympathisants de l’EI du toit d’un immeuble. Il a survécu miraculeusement à sa chute, avant d’être achevé par lapidation par la foule présente. C’est en tout cas ce qu’affirme l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme.Plusieurs exécutions d’homosexuelsLa scène se passe à Tal Abyad, près de Raqqa (la capitale officieuse de l’Etat islamique) sur le toit d’un immeuble de sept étages. Les yeux bandés, maintenu de force sur une chaise, la victime n’a rien su faire face à ses bourreaux.Le mois dernier, d’autres images terrifiantes d’exécutions de deux homosexuels jetés du haut d’un édifice ont été diffusées. Deux autres ont également été crucifiés.http://allainjules.com/2015/02/04/etat-islamique-daesh-syrie-lincroyable-mort-atroce-dun-homosexuel-a-raqqa/

[Daech, suite] Depuis les frappes américaines l’Etat Islamique a multiplié par trois son territoire

Ceux qui s’intéressent au sujet savent que les frappes de l’OTAN visent non pas l’Etat islamique mais les infrastructures du régime syrien. Pour tenter de faire tomber Assad… OD

l'Etat Islamique a multiplié par trois son territoire

« Le Washington’s blog reproduit ces cartes publiées dans le Wall Street Journal (réservé aux souscripteurs) qui montrent que l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh) a multiplié par trois son emprise territoriale en Syrie depuis le déclenchement de frappes aériennes par les Etats Unis et certains de leurs alliés dans la région.

Il y a là un mystère que nos journalistes s’empresseront sans doute de nous expliquer ou… pas ».

Sources : Mounadil al Djazaïri et Sott.net

https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2015/01/19/daech-suite-depuis-les-frappes-americaines-letat-islamique-a-multiplie-par-trois-son-territoire/

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