Art de la guerre monétaire et économique

A Propos Par Bruno Bertez: Petit Conte/ La BCE face à une faillite de la Grèce le 9 avril (Éric Verhaeghe)/ Le grand retour des frontières en Europe/ Minorités et régionalismes : entretien avec Pierre Hillard/ Le vrai problème de la zone euro n’est pas la crise grecque, mais plutôt la persistance de ses grands déséquilibres économiques

A Propos Par Bruno Bertez: Un ami qui connait notre « passion » pour la crise nous fait parvenir ce petit conte.

Marcel est propriétaire d’un bistrot.

Il réalise soudain que tous ses clients sont des alcoolos qui n’ont pas de boulot et ne peuvent donc plus fréquenter son comptoir, car ils ont vite dilapidé leur RSA.  Il imagine alors un plan marketing génial : « Picole aujourd’hui, paie plus tard ».

Il tient rigoureusement à jour son ardoise de crédits, ce qui équivaut donc à consentir un prêt à ses clients.

Chiffre d’affaires et bénéfices explosent et son bistrot devient vite, sur le papier, le plus rentable de la capitale.

Les brasseurs et grossistes se frottent les mains, et allongent bien volontiers les délais de paiement.

Les clients de Marcel s’endettant chaque jour davantage acceptent sans rechigner des augmentations régulières du prix du godet, gonflant ainsi (toujours sur papier) les marges du bistrot.

Le jeune et dynamique représentant de la banque de Marcel, se rendant compte que ce tas de créances constitue en fait des contrats à terme (Futures) et donc un actif, propose des crédits à Marcel avec les créances-clients en garantie.

Sa trouvaille géniale vaut au banquier visionnaire un plantureux bonus.

Au siège de la banque, un trader imagine alors un moyen pour se faire de belles commissions: il convertit les dettes en PICOLOBLIGATIONS. Les Picolobligations sont alors « titrisées » (converties en paquets de titres négociables) afin d’être vendues sur le marché boursier.

Confiants à l’égard de leur banquier et avides de hauts rendements, les clients ne captent pas que ces titres qui leur sont fourgués comme « obligations AAA », ne sont en fait que les créances bidons d’alcoolos paresseux.

Les Picolobligations deviennent la star des marchés, on se les arrache et leur valeur crève tous les plafonds.

Un beau matin, un « risk manager » oublié dans les caves de la banque se réveille et signale qu’il est temps de demander à Marcel que ses clients règlent leur ardoise. 

Marcel essaie, mais ses clients ne bossant pas, .. bernique !

La banque exige alors le remboursement du crédit et le bistrot fait logiquement faillite, vire ses employés entrainant la faillite de ses fournisseurs en bibine qui, à leur tour, virent également leurs employés.

Le cours des Picolobligations chute brutalement de 90%.

La dépréciation de cet actif vaporise les actifs, puis les liquidités de la banque. Problème : sa banqueroute ruinerait trop d’électeurs (« too big to fail » dit-on)

La banque est donc renflouée par l’État.

Ce renflouement est financé par de nouvelles taxes prélevées chez des employés, les classes moyennes et un tas de gens qui bossent, ne picolent pas, qui n’ont jamais mis les pieds dans le bistrot de Marcel…

La BCE face à une faillite de la Grèce le 9 avril

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Des résultats fulgurants

En quinze jours, la Banque Centrale a déjà injecté plus de 26 milliards d’euros dans l’économie européenne par un rachat massif de dettes souveraines, sur un objectif de 1.000 milliards. Le bilan de la banque a augmenté de près de 16 milliards. Cette potion magique a déjà produit une chute de l’euro vertigineuse (une trentaine de points presque immédiatement) qui réjouit les exportateurs. Dans le même temps, la BCE poursuit son soutien au crédit bancaire par son programme dit LTRO et par destaux de détention négatifs, qui encouragent les banques à ne pas immobiliser leurs liquidités auprès d’elle. Cette mesure se justifie d’autant plus que le crédit bancaire au secteur privé a encore baissé de 0,1% en février.

Pour Mario Draghi, l’ampleur du mouvement et la montée des cours de bourse constituent des éléments de satisfaction à tel point que les banquiers centraux américains ont commencé à s’en inquiéter.

Le programme de la BCE « a un impact plus important sur les marchés de capitaux et a un impact plus important sur les anticipations d’activité économique en Europe que ce que beaucoup attendaient », a déclaré Stanley Fischer en réponse à une question après un discours à New York.

L’inflation va-t-elle revenir en force?

L’intervention massive de la BCE risque-t-elle de produire plus de déséquilibres qu’elle n’en supprimera? Certains commencent à le craindre ouvertement, et pronostiquent une inflation supérieure à 2% en 2017. L’euro de situe en tout cas d’ores et déjà très au-dessous du cours plancher anticipé par la BCE, et pourrait continuer sa dégringolade en passant sous la barre de la parité avec le dollar.

Si cette tendance se confirmait à long terme, les importations se renchériraient et l’inflation risquerait de dépasser rapidement le taux plafond prévu par les traités. A moins, bien entendu, que les pays émergents qui fabriquent l’essentiel de nos importations ne soient touchés par une crise majeure, liée, par exemple, à la remontée des taux américains: il est à peu près que la Réserve Fédérale américaine renforcera l’attractivité du dollar en relevant ses taux directeurs en juin. Ce mouvement de balancier devrait affaiblir durablement les monnaies des pays émergents et limiter la casse en matière de balance des paiements.

Des déséquilibres financiers systémiques à prévoir

En achetant massivement des dettes souveraines, la BCE prive les investisseurs privés, y compris les institutionnels (les fameux zin-zin) de leurs gourmandises habituelles. Ceux-ci partent donc à la chasse de tout ce qui peut apporter du rendement. Les sociétés foncières sont les premières bénéficiaires de ce mouvement.

«Elles ont gagné 26 % en 2014, et encore 20 % depuis le début de l’année, parce qu’elles offrent, grâce aux loyers, plus de 3 % de dividendes et peuvent, grâce à des bilans assainis, profiter des taux bas pour emprunter à bon compte et acheter des actifs», relève Laurent Denize, codirecteur des investissements chez Oddo AM.

Tous ceux qui se serrent la ceinture pour payer leur loyer à prix d’or apprécieront le petit geste…

Pour les « institutionnels » français et notamment les gestionnaires d’assurance-vie, la pilule se révèle amère. Les rendements sur les fonds en euros s’effondrent, grignotant d’autant les bénéfices qui permettent de reconvertir les placements.

Donc, paradoxalement, plus les taux sont bas, plus les assureurs sont contraints d’investir sur les taux. Cela risque de peser sur leur solvabilité et même de créer à terme un risque commercial où les compagnies d’assurances ne seront plus en mesure d’honorer leur passif. C’est évidemment le scénario du pire.

Tiens, tiens! le scénario du pire… En tout cas, la relance de l’inflation est forcé antagoniste de l’intérêt des rentiers et des épargnants.

La BCE exposée à hauteur de 104 milliards en Grèce

Même la BCE semble exprimer quelques soucis quant au risque qu’elle prend en quittant sa tranchée et en partant à l’assaut des collines adverses. Sa principale préoccupation s’appelle « Grèce », où la situation financière ne s’améliore pas.

La première banque du pays, la Banque Nationale de Grèce, a annoncé une perte d’un milliard d’euros au quatrième trimestre 2014. Cette mauvaise nouvelle illustre la fragilité des banques grecques à un moment où l’Etat grec lui-même commence à voir à l’oeil nu la banquise de la faillite s’approcher.

Le danger qui grandit a le don d’angoisser Mario Draghi, qui a proposé aux Grecs de se bouger un peu le train.

« L’exposition de la BCE à la Grèce s’élève à 104 milliards d’euros, soit 65% de son PIB. Il s’agit de la plus grande exposition dans l’ensemble de la zone euro. La BCE ne crée par de règles pour la Grèce, nous les appliquons. Nous avons levé la dérogation après que ses obligations soient passées en-dessous du seuil que nous acceptons comme garantie. Nous avions conclu la dérogation l’an dernier lorsque nous nous attendions à une révision complète du programme de réformes économiques et au décaissement des prêts.

En conséquence, Draghi a expressément demandé aux banques grecques d’arrêter d’acheter de la dette grecque en même temps que l’Eurogroupe bloquait la restitution de 1,2 milliards d’euros à la Grèce. Dans le même temps, la BCE relevait son plafond d’aide d’urgence aux banques grecques pour éviter la faillite immédiate du pays. Celui-ci atteint désormais 71 milliards.

Il faut dire que la BCE joue gros en cas de défaut de paiement de la Grèce. On voit mal comment un accident de ce genre ne balaierait pas l’ensemble des économies mondiales, à commencer par l’économie européenne.

Inquiétante hémorragie financière en Grèce

Il faut dire que la situation grecque a de quoi donner des sueurs froides, puisque l’hémorragie financière continue dans une apparente passivité du gouvernement grec et de ses partenaires européens.

La visite d’Alexis Tsipras à Angela Merkel en début de semaine l’a confirmé: ni Tsipras ni Merkel ne semblent désireux de faire le premier pas en faveur d’une résolution de la crise. Si la chancelière allemande a cherché à donner une image plus positive de son approche du dossier, elle n’a rien lâché sur le fond et, selon les observateurs, la conversation n’a porté sur aucun dossier concret.

Alors que Martin Schulz et Jean-Claude Juncker multipliaient les déclarations optimistes, rejoints, une fois n’est pas coutume par Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, les retraits de capitauxcontinuaient dans le pays à une vitesse hallucinante.

L’étude de Deutsche Bank indique que depuis le début de l’année, les recettes fiscales grecques seraient inférieures de 1 milliard d’euros aux prévisions, et que les banques grecques manquent de liquidités, malgré l’aide d’urgence de la BCE. Les retraits de dépôts bancaires ont repris de plus belle en Grèce, et ont atteint 400 ME pour la seule journée du 18 mars, au plus haut depuis le 20 février, ce qui pourrait obliger le gouvernement à instaurer un contrôle des mouvements de capitaux en Grèce, selon cette étude.

A ce rythme, les marchés murmurent que la Grèce devrait faire faillite le 9 avril…

Le gouvernement Tsipras dans une logique hors sol

Pendant ce temps, le gouvernement Tsipras apparaît toujours dans une logique hors sol, comme si la menace d’une faillite de la Grèce concernait plus ses partenaires européens que lui-même.

Tsipras, qui répète à l’envi que le scénario du Grexit ne lui convient pas, a finalement consenti à présenter à ses partenaires européens la liste des réformes qu’il entend mener pour assainir la situation du pays. A ce stade, cette liste paraît encore très évasive, et elle permet d’atteindre un excédent budgétaire de 1,5% du PIB qui paraît bien illusoire. Tsipras affirme en tout cas pouvoir dégager 3 milliards d’euros de recettes nouvelles sans prendre de mesures récessives, et notamment sans couper dans les dépenses publiques.

A n’en pas douter, cette liste devrait à nouveau susciter la méfiance des partenaires européens de la Grèce, qui y verront rapidement une façon nouvelle de gagner du temps.

Dans le même temps, en effet, Tsipras semble vouloir réformer unilatéralement, mais à une vitesse de sénateur. Une réforme fiscale est par exemple en préparation pour le deuxième semestre de 2015, soit plus de six mois après l’arrivée du nouveau gouvernement! Celle-ci devrait instituer un impôt sur la fortune immobilière, mais ne comporterait pas un relèvement du seuil d’imposition (fixé aujourd’hui à 9.500 euros, Tsipras avait promis son relèvement à 12.000 euros). Parallèlement, le remboursement des dettes fiscales, qui s’élèvent à 74 milliards d’euros (40% du PIB), patine…

La Grèce se tourne-t-elle vers Poutine?

Tsipras ne se contente pas d’emmener l’Europe sur une piste savonneuse économiquement. Il commencer aussi à jouer avec un feu très dangereux en termes géopolitiques.

La Grèce est par exemple le seul pays européen, avec la Hongrie, à s’opposer frontalement au projet d’Union de l’énergie présenté la semaine dernière au sommet européen.

« Nous ne remettons pas en question les objectifs déclarés de l’Union de l’énergie, mais nous doutons que les moyens proposés suffisent. Ils pourraient aussi finir par renforcer les inégalités et la situation sociale et économique douloureuse qui domine la zone euro et l’Europe en ce moment », a estimé le ministre de l’Énergie, de l’Environnement et de la Reconstruction productive, lors du forum sur l’énergie d’Athènes.

Un des éléments clés de l’Union de l’énergie est que tout accord énergétique conclu entre un pays membre et un pays hors UE doit être préalablement examiné par la Commission européenne. La Russie a toujours insisté pour que ces accords restent confidentiels.

L’UE pourrait également diversifier ses sources d’énergie grâce au corridor Sud pour le gaz, afin de limiter sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou.

Tout comme Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, le ministre grec a clairement annoncé qu’une telle mesure serait contraire à la souveraineté nationale du pays et excluait de fait toute forme de « flexibilité » quant à la mise en place de politiques énergétiques respectant les intérêts nationaux.

« La Grèce ne deviendra pas un pion de l’UE et ne servira pas ses choix ou des coupes énergétiques unilatéraux, au nom de la soi-disant diversification des sources d’énergies européennes », a souligné Panagotis Lafazanis.

Plusieurs signaux de ce type sont envoyés par la Grèce: la relation stratégique avec la Russie devient un enjeu complexe à concilier avec l’appartenance à l’Union. Certains ont notamment commencer à mettre en question le rôle de la Grèce en cas de conflit entre la Russie et l’Europe.

On notera d’ailleurs avec amusement que Tsipras rencontre Poutine le 8 avril, veille du jour où la Grèce doit faire faillite…

Ajoutons à cela que la Grèce commence à construire une relation durable avec la Chine

Tout cela sent décidément très mauvais!

L’Europe bouffée par les intérêts particuliers

Dans cette débandade hellénique, l’Europe peine de plus en plus à endiguer les intérêts particuliers. Partout, les lobbies et les intérêts nationaux triomphent des logiques communautaires qui pourraient restaurer la crédibilité de l’Union.

On notera avec amusement, par exemple, que le rapport d’experts sur les radiofréquences et leurs effets néfastes sur la santé est attaqué pour les conflits d’intérêt qui entachent les membres du comité de rédaction.

Sur la question du TTIP, c’est le FMI qui est venu au secours de l’ouverture et de la transparence:

Si ce futur traité suscite en Europe des craintes de déréglementation généralisée, le Fonds s’inquiète, lui, que ce texte, comme celui négocié entre les États-Unis et la région Asie-Pacifique (le TPP), n’aboutisse « à une fragmentation » du commerce mondial.

Afin d’éviter une telle issue, le FMI assure que ces deux accords doivent « minimiser la discrimination » vis-à-vis des pays qui n’en sont pas signataires et éviter ainsi« l’impression que le commerce ne progresse que pour un ‘club’ privilégié de pays ».

Au passage, certains think tanks français s’agitent pour promouvoir les bienfaits de ce traité décrié.

Du côté du numérique, le commissaire européen a finalement renoncé à un marché unique et s’est rendu à l’influence de l’industrie cinématographique, qui veut préserver la territorialisation des droits d’auteur.

L’annonce d’un protectionnisme européen sur l’acier a sans doute couronné le renoncement de plus en plus évident aux idéaux libre-échangistes et transparents de l’Acte Unique de 1986.

http://www.eric-verhaeghe.fr/la-bce-face-a-une-faillite-de-la-grece-le-9-avril/

Tsipras joue-t-il avec le feu? Une délégation grecque est en visite en Russie pour négocier une aide économique

PAR AUDREY DUPERRON · 31 MARS 2015/Express.be

Der Spiegel rapporte que le gouvernement grec envisage de négocier une réduction de sa facture de gaz et une levée de l’embargo sur certains types de produits, et notamment les fruits frais, avec la Russie. Le ministre grec de la Réforme industrielle, Panagiotis Lafazanis, et le député de Syriza Thanasis Petrakos, arrivés hier à Moscou pour une visite de deux jours, ont rencontré le ministre russe de l’Energie, Aleksandr Novak, ainsi que le patron du géant gazier russe Gazprom, Aleksey Miller. Gazprom assure 70% des livraisons de gaz à la Grèce. « Cette visite est très importante pour la Grèce. Nous souhaitons approfondir nos relations avec la Russie dans le domaine énergétique, et gagner de ce fait un avantage significatif », a déclaré Petrakos à Spiegel Online.

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, devrait lui-même rencontrer le président russe, Vladimir Poutine, le 8 avril prochain.

Cependant, toutes ces démarches suscitent un certain agacement de la part des responsables européens, et notamment des politiciens allemands, qui s’inquiètent d’un possible rapprochement entre Moscou et Athènes.

Le gouvernement de Tsipras a très tôt fait comprendre qu’il n’hésiterait pas à solliciter une aide de la Russie ou de la Chine s’il ne parvenait pas à trouver un accord avec des partenaires européens. En février, le New York Times avait rapporté que Tsipras s’était entretenu au téléphone avec le Premier ministre chinois Li Keqiang, pour convenir d’une visite de la délégation grecque en Chine. Le même jour, le ministre des Affaires étrangères grec avait rencontré son homologue russe Sergeï Lavrov, qui avait confirmé à l’agence Reuters que son pays pourrait envisager d’aider financièrement la Grèce si celle-ci le sollicitait.

« Son flirt avec la Russie complique la tâche pour l’Europe de trouver une solution constructive sur les questions financières », a déclaré Manfred Weber, un eurodéputé allemand de la CSU. Son collègue Herbert Reul, du Groupe du Parti populaire européen, a envoyé un avertissement à Athènes :

L’adhésion à l’UE est synonyme de fiabilité et de confiance, et non de ruse. Ceux qui jouent avec le feu et vont maintenant chercher l’aide de la Russie pourraient se brûler les doigts ».

Vendredi dernier, le gouvernement grec a dévoilé son nouveau plan de réforme, qu’il avait jusque lundi pour soumettre à l’approbation des créanciers du pays. Selon lui, ce nouveau programme de réformes permettrait de rapporter 3 milliards d’euros, tout en évitant les mesures « récessionnaires » telles que les réductions de pensions et de salaires, ainsi qu’il l’avait promis à la population grecque.

Si ce plan est accepté, la Grèce pourrait recevoir une tranche de prêt de 7,2 milliards d’euros. 

http://www.express.be/business/fr/economy/tsipras-joue-t-il-avec-le-feu-une-delegation-grecque-est-en-visite-en-russie-pour-ngocier-une-aide-conomique/212418.htm

Le grand retour des frontières en Europe

PAR EMMANUEL GARESSUS/ Le Temps 31/3/15

«La frontière n’est pas seulement limite ou obstacle, elle est la condition de l’exercice démocratique, elle instaure un lien durable entre ceux qu’elle abrite et donne le sentiment d’un monde commun», écrit Pascal Bruckner dans la préface d’«Indispensables Frontières», le nouvel ouvrage de Thierry Baudet

«La frontière n’est pas seulement limite ou obstacle, elle est la condition de l’exercice démocratique, elle instaure un lien durable entre ceux qu’elle abrite et donne le sentiment d’un monde commun», écrit Pascal Bruckner dans la préface d’Indispensables Frontières, le nouvel ouvrage de Thierry Baudet*, professeur de droit public à Leyde, aux Pays-Bas. Nous assistons au retour de la frontière sous l’angle tant politique qu’économique. Est-ce un mal? Est-ce un fait? Thierry Baudet fait valoir que la frontière ne définit pas seulement une juridiction, elle «rend possible l’exercice de la souveraineté ainsi que la formation et la préservation d’une loyauté nationale». L’UE participe grandement à ce mouvement, elle qui n’a «aucun compte à rendre aux communautés nationales» alors qu’elle «les soumet aux lois, décrets et à une jurisprudence qui n’est pas de leur fait», écrit-il dans un ouvrage au retentissement majeur dans les pays anglo-saxons. A son goût, en Europe, les Etats-nations sont «progressivement démantelés – d’en haut par le supranationalisme; d’en bas par le multiculturalisme».

Le professeur de droit défend que «l’erreur de la construction européenne fut non de garantir les frontières mais de vouloir les annuler, sous un grand mélange fédérateur». Le multiculturalisme a accentué le trait. «On a donc confondu les nations avec une boîte de petits pois dans lesquels on surajoute sans fin de nouveaux éléments sans se demander s’ils vont s’accorder», ajoute-t-il. Le résultat est triste. On a «transformé l’espace national en cohabitation de communautés hostiles ou indifférentes les unes des autres», conclut-il. Le spectacle des relations entre la Grèce et l’Allemagne et l’actualité de la zone euro en témoignent au quotidien. Il rappelle ainsi Charles Gave, dans Des Lions menés par des ânes. L’économiste prévoyait dès 2003 que l’euro ferait «remonter les vieilles haines ancestrales à la surface».

La crise de la dette conduit à l’opposé des objectifs d’harmonisation et de convergence proposés par Bruxelles comme source ultime du progrès. Une étude récente de l’institut Ifo, à Munich, appuie notre propos. Elle démontre simplement que l’effort considérable de l’UE en vue d’une réduction des inégalités à travers le fonds de cohésion, deuxième poste du budget de l’UE, n’a servi à rien. Les faits économiques révèlent le retour des frontières.

Giuseppe Bertola et Akos Valentinyi, les auteurs de l’étude de l’Ifo, analysent l’évolution de la productivité et du chômage au cours des trois dernières décennies. Durant de longues années, les écarts nationaux ont progressivement diminué. Puis le mouvement s’est arrêté. Les différences de productivité se sont accrues depuis 2005, soit bien avant la crise financière de 2008. Les écarts de chômage ont pour leur part attendu 2008 pour croître à nouveau. Aujourd’hui, les inégalités sont encore plus fortes qu’avant le début du siècle, selon les deux économistes.

Il peut paraître étrange que les différences de productivité au sein de l’UE15 aient pris l’ascenseur dès 2005. La raison se situe au sein des pays périphériques. L’Ifo en déduit que ce sont les mêmes facteurs nationaux qui avaient provoqué la convergence dans l’UE qui ont ensuite œuvré à la divergence. En effet, dès l’annonce de l’introduction de l’euro, en 1995, les capitaux ont afflué dans les pays périphériques, réduisant les écarts de productivité et de chômage entre les pays. Peu après l’an 2000, le manque d’investissement et la stagnation économique ont amené l’Allemagne et d’autres pays du centre à libéraliser le marché du travail. Les pays périphériques n’ont rien entrepris dans ce sens, si bien que leur productivité a diminué dès 2005. Leur conclusion mérite réflexion dans les sphères bruxelloises: «La convergence n’était en rien le fruit d’une politique de cohésion mais celui des attentes du marché.» Aujourd’hui, «les frontières reviennent avec une force décuplée», souligne l’Ifo.

L’échec de l’UE ne l’empêche naturellement pas de poursuivre sur la même voie et de s’étonner de son faible soutien populaire.

Sous l’angle du droit, «le supranationalisme réduit les options d’un Etat en matière de coopération libre et de relations internationales», relève Thierry Baudet. Comment les Etats pourraient-ils se féliciter de la réduction de leur marge de manœuvre? «La question des décisions juridiques légitimes devient en dernier lieu une question d’autorité sociale, et c’est cela qui est absent au niveau supranational», argumente l’essayiste.

L’UE, «quintessence d’un projet supranational», consiste à remettre en cause le concept même d’Etat. C’est l’Europe de Jean Monnet, méfiant à l’égard de la démocratie, et plus tard des partis socialistes. Il ne cherche pas à «créer une souveraineté européenne, mais à dissoudre les frontières, la souveraineté et les compétences de ses membres», critique l’auteur. L’UE nage en eaux dangereuses. «Toutes les tentatives dans l’histoire de recréer l’Empire romain, ce fantôme qui hante nos histoires, se sont terminées dans la guerre», rappelle Charles Gave.

L’UE multiplie les efforts pour montrer qu’elle ne deviendra pas un Etat fédéral, mais elle se contredit avec ses revendications d’identité européenne et d’union toujours plus étroite. La contradiction s’explique par la thèse fonctionnaliste des institutions d’Ernst Haas: «Le fonctionnalisme s’appuie sur le gradualisme et l’indirection pour atteindre son objectif. Il avance à petits pas sans plan logique clair pour éviter de perdre son soutien.» On comprend mieux l’explosion des compétences que s’approprie l’UE, les dizaines de milliers de règlements qui minent la souveraineté des Etats. Un jeu de pouvoir technocratique qui emporte tout: «La protection d’un terrain de jeu homogène permet de déclarer que la politique nationale est susceptible de connaître une intrusion de l’administration européenne», explique Thierry Baudet. Le principe de subsidiarité est même utilisé pour centraliser et non décentraliser. Dans ces conditions, la «démocratie européenne» ressemble de plus en plus à l’évidence aux «démocraties populaires», ose Charles Gave.

* «Indispensables Frontières», Thierry Baudet, Editions du Toucan, 2015, 350 p.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/332157c4-d6eb-11e4-95aa-b84293f29f2d/Le_grand_retour_des_fronti%C3%A8res_en_Europe

Éric Zemmour : recherche frontières désespérement

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FIGAROVOX/EXTRAITS – Comment le supranationalisme et le multiculturalisme détruisent la démocratie : thèse iconoclaste d’un professeur de droit hollandais… très français que dévoile Éric Zemmour.

On n’imagine pas la chance d’être hollandais. On est citoyen d’un petit pays vertueux, pas d’un grand impérieux. On a accueilli jadis les Juifs chassés d’Espagne par Isabelle la Catholique et les protestants chassés de France par Louis XIV. On est un peuple de commerçants et de marins. On est pour le libre-échange. On est protestant, pas catholique. On était pour l’Europe fédérale quand de Gaulle défendait l’Europe des États. On laisse les drogues douces en vente libre et les prostituées derrière des vitrines. On a inventé le multiculturalisme. On est féministe jusqu’au bout des ongles, et gay friendly comme on respire. Un passeport hollandais incarne donc la liberté, la modernité, la tolérance. Le concept politiquement correct de «Hollande rance» n’existe pas.

Alors, quand un Hollandais intitule son livre Indispensables Frontières, on ne lui demande pas s’il reprend la campagne de Sarkozy de 2012, inspirée par le «sulfureux» Patrick Buisson. Quand il explique que le multiculturalisme et l’Union européenne détruisent les nations et la démocratie, il ne subit pas l’hostilité de médias l’interrogeant sans cesse: «Vous votez pour le Front national?» Quand il assène: «L’interdiction de la discrimination va inévitablement à l’encontre des libertés civiles classiques, notamment d’expression, de conscience et de religion», aucune association antiraciste ne l’attaque en justice au nom de la loi Pleven. Trop de chance, comme disent les enfants. Et quand ce citoyen hollandais au-dessus de tout soupçon s’avère de surcroît professeur de droit public, on ne peut même pas l’accuser de populisme quand il explique que la «double nationalité» doit être supprimée car elle «entraîne des conflits de devoirs» contraires à la nécessaire «loyauté nationale».

Indispensables frontières, Thierry Baudet, Toucan, 387 P., 25 €

http://www.lefigaro.fr/vox/culture/2015/04/01/31006-20150401ARTFIG00399-eric-zemmour-recherche-frontieres-desesperemment.php

Minorités et régionalismes : entretien avec Pierre Hillard

Le vrai problème de la zone euro n’est pas la crise grecque, mais plutôt la persistance de ses grands déséquilibres économiques

Les médias, les politiciens et le grand public sont tellement focalisés sur les différents rebondissements de la négociation actuelle d’un nouveau plan de sauvetage grec qu’ils négligent les problèmes de fond plus importants de la zone euro, affirme Wolfgang Münchau du Financial Times. Il affirme que le véritable problème de la zone, ce sont les disparités persistantes entre ses différents États membres.

4 réponses »

  1. L’histoire du bistrot de Marcel est proprement…impayable! A servir dans tous les collèges
    de France, et plus besoin d’autre cours d’économie moderne! Excellent!

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  2. C’est vrai et elle synthétise l’histoire de la crise que nous vivons mieux que n’importe quel article livre ou conférence de l’insupportable Paul Jorion, qui – tel un mafieux repenti – après avoir trempé dans la magouille des subprimes jusqu’en 2007 joue maintenant les petits anges aux mains blanches!

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