Art de la guerre monétaire et économique

L’Edito de Bruno Bertez : Trump, Marine, etc sont des nécessités de l’histoire

L’Edito de Bruno Bertez : Trump, Marine, etc sont des nécessités de l’histoire

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Mervyn King ancien gouverneur de la banque d’Angleterre vient de nous avertir ou rappeler selon le cas, que le Japon et l’Europe cherchaient à affaiblir leur monnaie ; les USA eux ne veulent pas que le dollar s’apprécie. Sans le dire, c’est la guerre des monnaies.

C’est l’occasion pour nous tirer un coup de chapeau au grand économiste méconnu, Sismondi. A un certain stade la recherche de la compétitivité est un tonneau des Danaïdes, une vis sans fin, une « vice » sans fin écrivons nous souvent.

Nous ne sommes absolument pas contre les échanges, nous ne sommes pas pour le protectionnisme, loin de là, mais il ne faut pas que cela tourne au dogme et à l’idéologie, les conditions concrètes doivent être examinées.

A certains moments et c’est le cas, il faut avancer prudemment. Nous sommes pour la libération maximum des échanges compatible avec l’état des sociétés, pour la libération des échanges compatibles avec le maintien ordonné de l’évolution du corps social. Si on va trop vite, le corps social se fragmente, il y a trop de trainards ; si on ne fait rien et que l’on bloque l’ouverture, le niveau de vie stagne.

Donc il faut trouver ce rythme optimum et c’est une démarche politique.

On retrouve ici l’argument majeur contre la compétitivité coûte que coûte, formulé il y a deux siècles par Sismondi (1773-1842), un économiste suisse trop sous-estimé :

« Il vient enfin une époque où le monde civilisé tout entier ne forme plus qu’un seul marché, et où l’on ne peut plus acquérir dans une nouvelle nation de nouveaux chalands. La demande du marché universel est alors une quantité précise que se disputent les diverses nations industrieuses. Si l’une fournit davantage, c’est au détriment de l’autre. La vente totale ne peut être augmentée que par les progrès de l’aisance universelle, ou parce que les commodités autrefois réservées aux riches sont mises à la portée des pauvres » [12].

Ce qui est vrai de l’ouverture mondiale, de la libération des échanges de biens et de services, est vrai également du progrès des technologies, du progrès des processus de production : ils doivent se faire à un rythme compatible avec le maintien de la cohésion sociale. Si l’évolution ne se fait pas à ce rythme raisonnable, alors la mécanique économique se dérègle et avec elle la mécanique sociale entrainant toute celle de la politique.

Plutôt que de réfléchir à ces questions les élites préfèrent les escamoter; elles ont choisi la dénégation.  Ceci les conduit à constater les ravages du mal, sans pouvoir y porter un diagnostic adapté. Ceci les conduit, constatant que les rouages grincent ? à tenter de mettre de l’huile, du lubrifiant, de la liquidité pour éviter le grippage. C’est ainsi que nous interprétons la situation historique présente : une mécanique qui a de plus en plus de difficulté à tourner et des mécaniciens bornés qui s’affairent avec leur burette pour huiler, huiler, de plus en plus. Jusqu’à ce que cela déborde.

Aux Etats-Unis les salariés qui sont en bas de l’échelle, et ils sont de plus en plus nombreux à s’y trouver, ces salariés n’ont pas connu de hausse de pouvoir d ‘achat depuis 25 ans. En Europe, les salaires en moyenne sont inférieurs à ce qu’ils étaient en 2008, alors que les revenus de répartition, les « benefits » ont baissé.

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En régime dit normal, l’ouverture, la globalisation et les progrès technologiques permettent une amélioration du niveau de vie de tous. Mais cela, c’est pour la théorie, la norme théorique. Dans la réalité historique, la globalisation et la technologie produisent des gagnants et des perdants ; des privilégiés et des laissés pour compte. Le commerce international bénéficie à certains et détruit les emplois d’autres ; les progrès de l’efficacité des productions augmentent la rémunération et le capital de certains groupes sociaux mais met les autres sur la paille ou plutôt sur les registres de l’aide sociale.   Et le fossé qui sépare les gagnants des perdants est d’autant plus colossal, il devient un gouffre, quand les élites, faute de voir les problèmes les masquent par la création de monnaie, les noient sous le déluge de nos fameux lubrifiants. Nos fameux lubrifiants exaspèrent les fissures, creusent les fossés qui séparent les gagnants des perdants. On est au symbole du 1% face aux 99%.

Faute de reconnaitre que la globalisation et la technologie sont destructrices, « disruptive », on essaie réparer les dégâts par ce qui, au contraire, augmente la destruction : la création de crédit, de monnaie et de digits qui sont injectés dans le système bancaire et financier, lequel est précisément le lieu des contradictions et des antagonismes du Système !  Les bénéfices de la globalisation et du progrès des techniques sont la tendance à la baisse des prix, les marchandises sont de plus en plus accessibles, mais les élites, tournant le dos au bon sens ont choisi de s’opposer à la déflation structurelle des prix, en conséquence de leur choix premier qui est tout masquer par la dette et le crédit.

En fait ces élites se sont mis dans une impasse bourrée de contradictions. Ils ont tout faussé, il n’y a plus de fonction autonome de rééquilibrage et finalement le bateau prend eau de toute part, on écope, on écope alors que de nouvelles fissures, de nouveaux dysfonctionnements se révèlent chaque jour. Les crises, les krachs se rapprochent, changent sans cesse de forme et de mode d’apparaitre et le remède est toujours le même : « printons, printons » en chœur.

En fait et les plus lucides s’en aperçoivent, nous sommes dans un cercle vicieux dont il n’est plus possible de sortir. L’incapacité du Système à émerger de la crise 2008 le force à s’enfoncer dans des palliatifs qui accroissent les déséquilibres. Le coût pour maintenir le tout en ordre est sans cesse grandissant, la productivité, l’efficacité des pseudo remèdes chutent sans arrêt. La circularité produit des risques, les risque produisent de l’incertitude, l’incertitude produit de la frilosité, laquelle finalement pèse sur l’investissement. Le capitalisme devient jeu financier, il perd sa légitimité en enrichissant les uns et en mettant les autres au chômage. Le capitalisme perd ses soutiens dès lors qu’il ne profite plus à l’ensemble de la société.

Le capitalisme a un coût. Tout système a un coût d’entretien et de reproduction, il faut de l’énergie pour maintenir un système en vie. Il faut sans cesse investir et réinvestir dans les structures profondes, cachées du Système. Nous sommes dans la situation paradoxale ou les élites essaient de faire supporter ce coût de maintien et de reproduction du système… par ceux qui n’en bénéficient plus! Par ceux qui en sont … les victimes. C’est ce que nous soulignons régulièrement, au risque de lasser : le système essaie de sauver sa peau sur le dos des plus faibles. Peut-on être plus bête, plus stupide ? C’est jouer le jeu de Gribouille qui se jetait à l’eau pour ne pas être mouillé : le système se détruit en profondeur pour se sauver.

Faute d’être traités au niveau économique et social, les problèmes, les antagonismes, les contradictions passent à un niveau supérieur, elles passent au niveau politique, voire au niveau géopolitique et militaire. La dislocation de l’attrape nigaud du bipartisme en Europe, la montée des extrêmes, peu importe qu’ils soient de droite ou de gauche, l’ascension de Trump, l’absence de légitimité de presque tous les gouvernements en place, tout cela est le symptôme du déplacement des antagonismes que nous décrivons. On ne peut plus changer à l’intérieur d ‘un niveau, alors on passe au niveau supérieur.

Le capitalisme a cessé de produire des effets positifs pour la majorité, cette majorité se disloque et ceci se reflète au niveau politique. L’idée que le système est truqué, qu’il n’est pas honnête, transparent, équitable gagne peu à peu, elle se répand et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle se traduise par la montée des leaders populistes ou celles des formations politiques extrêmes, voire spontanément rebelles.  Trump, Marine Le Pen sont des Nécessités de l’Histoire avec un grand « H », pas des accidents.

La bêtise des élites n’ayant pas de limite, elles persévèrent dans les voies qu’elles ont choisies, ce que nous appelons les voies de l’évidence stupide. Les voies de Gribouille : toujours plus de « printing », toujours plus de crédit, toujours plus de dettes, c’est à dire finalement toujours plus de report des problèmes dans le futur.  C’est le principe du chasse neige. Le système est incapable, viscéralement, de sélectionner des élites politiques intelligentes. Elles font toujours la même chose et de plus en plus fort, de plus en plus grossièrement, de plus en, plus cyniquement. Pour faire taire les peuples, pour masquer la dislocation, on en est à imaginer » l’helicopter money » , c’est à dire la distribution gratuite d’argent, on en est à imaginer le « revenu universel » …Bref on en est à expliquer aux kleptos et ploutos qu’il faut qu’ils abandonnent quelques miettes.

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Un « hélicoptère à monnaie » pour sauver l’économie?

© Sputnik. Vladimir Sergeyev  24.03.2016

Ces dix dernières années, les banques centrales des pays développés ont presque tout tenté pour relancer la croissance ou contrôler l’inflation.

Elles ont notamment abaissé 637 fois leur taux directeur et dépensé au total 12 300 milliards de dollars pour acheter des actifs dans le cadre des programmes d’assouplissement quantitatif. Sans grand succès.

Les économistes pensent que ces mesures de stimulation économique sont dépassées et que de nouveaux outils sont nécessaires. L’agence Bloomberg évoque notamment la piste de l' »helicopter drop », ou « jet d’argent par hélicoptère ».

 

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La situation économique mondiale est une catastrophe, même pas en attente d’arriver, non la catastrophe est là. Nous n’en voulons qu’une preuve: nous vivons sous perfusion. Après 87 mois de taux d’intérêt nuls,  87 mois d’inondations monétaires, 87 mois de mensonges et de billevesées, la Banque Centrale mondiale, la Fed est déja obligée de faire une pause après sa tentative de régularisation, sa vaine tentative de normaliser.

 

Cette métaphore a été inventée par le prix Nobel d’économie Milton Friedman en 1969, dans son ouvrage The Optimum Quantity of Money (qui peut se traduire comme « La quantité optimale de monnaie »). Selon lui, il serait possible d’accroître l’inflation et de stimuler l’activité économique en versant directement de l’argent aux ménages pour qu’ils le dépensent. Il comparait cette mesure — qu’il préconisait comme extraordinaire et non répétée — à un largage d’argent par hélicoptère. Aujourd’hui, le terme de « monnaie hélicoptère » ne signifie plus seulement une distribution directe d’argent, mais également d’autres méthodes de stimulation des dépenses telles que les exonérations fiscales.Les banques Citigroup, HSBC et Commerzbank ont des raisons de croire que la « monnaie hélicoptère » pourrait devenir un outil réel de stimulation de l’économie: elles reprennent l’idée dans leurs rapports aux investisseurs depuis deux semaines. Plus tôt, ce sujet avait été mentionné par le responsable du fonds d’investissement Bridgewater et l’un des plus grands investisseurs des USA, Ray Dalio: il avait dit en février que la distribution directe d’argent aux ménages pourrait constituer le « prochain grand pas de la politique monétaire américaine ».

Cette idée a également été évoquée par le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, qui a déclaré en mars 2016 qu’il s’agissait d’un « concept intéressant », même si le régulateur européen « n’étudiait pas sérieusement la monnaie hélicoptère ». Peter Praet, membre du conseil d’administration et économiste en chef de la BCE, a également dit en interview que « théoriquement, toute banque centrale pouvait imprimer des billets et les distribuer à la population, la question étant seulement de savoir si cette démarche extraordinaire serait opportune ».

 

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« Nous ne savons pas si la monnaie hélicoptère sera la prochaine démarche de sauvetage, mais ce sujet fait l’objet d’une attention croissante. La probabilité que l’une des formes [de cet outil] soit utilisée quelque part est relativement élevée », pense Gabriel Stein, économiste de la société d’analyse Oxford Economics.Les grandes économies actuelles n’ont jamais eu recours à la « monnaie hélicoptère », écrit Bloomberg, même si en 2002 le président de la Réserve fédérale des USA (Fed) Ben Bernanke avait déclaré que « cela pourrait être très certainement une stimulation efficace de la consommation et, par conséquent, des prix ». Cette déclaration avait immédiatement valu au chef de la Fed le surnom de « Ben l’hélicoptère ». Mais aujourd’hui que l’inflation est gelée, les débats reprennent. Ceux qui critiquent cette approche soulignent qu’un afflux monétaire dans l’économie rendrait l’inflation incontrôlée, gonflerait la dette publique et « creuserait d’énormes trous dans les capitaux des banques centrales ». Même ceux qui parlent de la « monnaie hélicoptère » avec confiance soulignent qu’il est peu probable que cette mesure soit appliquée à court terme.

Mais l’histoire a déjà montré que dans des conditions extrêmes, les banques centrales revenaient parfois aux idées rejetées autrefois. « C’est la leçon de ces dernières années. Cette politique, qui semblait inimaginable jusque là et cantonnée à la théorie, pourrait devenir réalité si les circonstances économiques extraordinaires se maintenaient assez longtemps », explique Jonathan Loynes de Capital Economics. En d’autres termes, écrit Mark Gilbert de Bloomberg View, « quand plus rien ne fonctionne l’idée de jeter de l’argent par hélicoptère ne semble plus aussi insensée ».

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https://fr.sputniknews.com/international/201603241023639905-helicoptre-monnaie-economie/

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5 réponses »

  1. En Europe, l’économie réelle continue à s’effondrer, les classes populaires continuent à s’appauvrir, les classes moyennes continuent à s’appauvrir.

    La politique monétaire de la Banque Centrale Européenne est un échec total.

    Mario Draghi, qui travaillait pour la banque étatsunienne Goldman Sachs, a complètement échoué.

    Le seul côté positif de l’action de Mario Draghi, c’est cette information qui vient juste d’être diffusée :

    En 2014, le nombre de banquiers rémunérés plus de 1 million d’euros a progressé de près de 22 %.

    En Europe, les banquiers se goinfrent comme des porcs.

    Le porc Mario Draghi ne fait qu’engraisser les autres porcs.

    En Europe, tous ces gros porcs de banquiers ont le véritable pouvoir.

    Jeudi 31 mars 2016 :

    Les banquiers millionnaires sont toujours plus nombreux.

    Le nombre de banquiers rémunérés plus de 1 million d’euros a progressé de près de 22 % en 2014 en Europe.

    http://www.lesechos.fr/journal20160331/lec2_finance_et_marches/021804654516-les-banquiers-millionnaires-sont-toujours-plus-nombreux-1210638.php

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    • La dernière invention à la con des universalistes/mondialistes pour créer une fausse demande basée sur l’assistanat et ainsi éviter d’augmenter les revenus liés au seul travail…que l’on a mis au préalable en concurrence avec une cohorte de migrants « ubérisé » à fond…

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  2. Cela fait longtemps que le système agonise mais les moyens financiers modernes ont permis de donner de la souplesse et de l’élasticité pour le maintenir en vie et faire croire que la reprise arrivait, formule que l’on nous sert tous les ans depuis 2008.
    On sent une crispation de l’oligarchie qui pour garder son pouvoir essaye de tout faire pour décrédibiliser le renouvellement des dirigeants politiques, ce qui aboutit à une consanguinité dont Hollande est la meilleure preuve.
    Dans le monde entier, les candidats anti-système, anti-mondialisation montent et il ne reste que peu de personnes pour croire la propagande des médias officiels, complètement corrompus.
    Mais ceux qui ont le pouvoir font tout pour le garder, Hollande essaye en ce moment de faire des lois pour empêcher les petits partis ( qui sont en train de grossir) de pouvoir se représenter.
    On commence quand même à arriver au bout des mesures bidons pour prolonger de quelques mois le système qui est mourant.

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