Art de la guerre monétaire et économique

Qui veut faire l’Ange fait souvent la Bète : Alexandre Douguine ou la version « rousseauiste » de Steve Bannon Par Le Lupus

Douguine ou la version « rousseauiste » de Bannon

Alexandre Douguine et Steve Bannon partagent la même trajectoire, tous deux ex mentors d’autocrates aujourd’hui affirmés (Poutine et Trump) ils ont connus les feux de la rampe avant de s’y bruler et de connaitre ainsi la disgrâce présidentielle…Réfugiés à nouveau dans le monde des idées et dans la théorie qu’ils voudraient voir ériger en praxis politique et économique, ils divergent cependant  sur de nombreux points qu’il me semble intéressant de mettre en exergue car elle nourrit bien des débats et combats idéologiques.

L’un croit au communisme primitif sous la forme de communauté rurale…l’autre au capitalisme primaire sous forme de communauté ouvrière…Pour Douguine la figure de proue c’est le fermier intégral, pour Bannon c’est l’ouvrier Fordien qui faisant fi des règles du taylorisme se réapproprie les chromes rutilants de son usine de Détroit…Pour nos deux amis/ennemis   les figures tutélaires demeurent les Pères Fondateurs…

Les Mythes ont la peau dure celui du bon sauvage comme celui de l’homme est un loup pour l’homme…Rousseau ou Hobbes, en termes d’alternative la vérité est bien entendu  à chercher ailleurs, sans doute dans un mix des deux…un peu sur le mode Pascalien du qui veut faire l’Ange (Le Bon Sauvage) fait souvent la Bète (le Loup)… C’est pourquoi croire au génie humain c’est de manière transversale  croire en la formidable capacité d’adaptation à son environnement de l’embryon humain lui  permettant de franchir étape par étape au cours d’une vie la délicate frontière entre servitude volontaire et involontaire…Evoluer et s’adapter pour ne pas subir ! Pour ne pas Mourir ! Mais de cela Douguine ou Bannon n’en ont cure, ils n’évoluent pas dans le clair-obscur ils cherchent la pleine lumière surtout quand celle-ci se targue d’être d’origine divine…Pour Douguine le diable c’est le capitalisme libéral et les Etats-Unis qu’il oppose bien entendu à la Sainte Russie orthodoxe, une opposition qu’il justifie au nom et sous couvert de la tradition….Pour Bannon le diable se cache dans les détails de l’Empire…qu’il soit d’origine Etatsunien ou construit sur les ruines du Soviétisme…ou pire encore sur celui du Maoisme…

Les deux compères en tous les cas partagent la mème nostalgie d’une époque à jamais révolue : tsarisme flamboyant pour Douguine, protestantisme entreprenarial pour Bannon, les deux partagent la mème peur du Monde qui vient, du Monde qui arrive ! La peur terrible de la submertion qu’ils entendent combattre par la subvertion !!!! Et c’est sans doute ce qui les rend si sympatique pour les uns et si antipathiques pour les autres…

LE LUPUS

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Si la bataille de Stephen Bannon est celle de la destruction de l’establishment, le chef de Breitbart News la comprenait aussi contre les figures républicaines installées. Même George Bush junior, entouré de ses néoconservateurs, ne trouvait pas grâce à ses yeux, lui qui n’avait pas assez clairement identifié l’ennemi de «l’Ouest judéo-chrétien». Lorsque, l’année dernière, il était interrogé sur la montée du fascisme en Europe dans les années 30, Bannon répondait: «Ecoutez, c’était assez sombre. Mais il y a maintenant quelque chose de beaucoup plus sombre en Europe. Et c’est l’islam.»

Le monde multipolaire d’Alexandre Douguine

On peut résumer le sens du monde multipolaire d’après cet exposé succinct d’Alexandre Douguine : c’est « une alternative radicale au monde unipolaire (…) en raison du fait qu’il défend l’existence d’un nombre restreint de centres indépendants et souverains de prise de décision stratégique global au niveau mondial ». Ces ensembles de pays – il y une « circonspection » à l’égard de souverainetés nationales insuffisamment fortes pour « résister à l’hégémonie matérielle et spirituelle de l’Occident moderne et à son chef : les Etats-Unis » – ou « centres de décision » ne devraient pas avoir à accepter comme condition sine qua non l’universalisme des normes et des valeurs et des standards occidentaux (démocratie, libéralisme, libre marché, parlementarisme, droits de l’homme, individualisme, cosmopolitisme, etc.) et devraient pouvoir être totalement indépendants de l’hégémonie intellectuelle et spirituelle de l’Occident ». Ici, il faut préciser les choses. Qu’est-ce que cet Occident ? L’Occident chrétien qui a porté l’Evangile aux confins du monde ? Non, évidemment… Quoique. Autour de ces idées de la multipolarité il y a un évident attachement à une forme de christianisme, mais orthodoxe, où Moscou devient la « Troisième Rome » pour lutter contre le pourrissement de l’Europe par le libéralisme américain, autrement dit « l’Occident ». Cette multipolarité donne évidemment une place de choix à la Russie, « la Grande Russie » redevenue « puissance souveraine et autonome », en tant qu’empire. C’est ce que Douguine appelle de ses vœux, lui qui déclarait en janvier 2015 : « Il n’y aura pas de grande Russie sans grands chocs. Une prospérité de petit-bourgeois ne conduit jamais à la grandeur. La grandeur, c’est une tout autre catégorie. Je m’attends à une grande Russie, à travers de grands ébranlements ».

http://reinformation.tv/colloque-occident-contre-europe-douguine-alexandre-russie-poutine-konstantin-malofeev-smits-68478-2/

Par Alexandre Douguine − Le 15 décembre 2017

Deuxième colloque de Chișinău (15-16 décembre 2017)

Préambule

En général, cette quatrième théorie économique (4TE) ne donne pas la priorité à l’économie et ce n’est pas accidentel. L’aspect matériel de l’existence dans la 4TE est considéré comme secondaire et complètement dépendant d’attitudes sociales et philosophiques plus générales, en particulier métaphysiques et religieuses. L’économie n’est pas autonome. Elle n’est qu’une projection de certaines attitudes cognitives et de certains principes philosophiques. Ce sont eux qui doivent être entendus et compris. Le domaine de l’économie n’est pas un domaine d’objets, mais un champ de relations sociales. L’économie n’est pas autonome, ni souveraine, ni primaire. Cela n’explique rien et n’est pas la cause. L’économie n’est pas une science, mais une sphère d’applications. Sa nomination aux avant-postes est associée à la dégradation de la société, qui ne peut être tolérée. L’économie est basée sur des mythes et des métaphores, qui devraient être étudiés.

Partie 1. Le capitalisme en tant que phénomène historique et social

Communauté souveraine de l’ensemble des agriculteurs

1. La fin du capitalisme

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à la crise la plus profonde (espérons-le, finale) du capitalisme. Ce n’est pas un échec technique, c’est un destin. Pour comprendre ce qu’est la crise, ce qui se termine, nous devons nous rappeler comment tout a commencé.

2. Le capitalisme est le résultat d’une scission (Spaltung)

Cette scission concernait un personnage spécial – un travailleur intégral (total). La figure normative centrale était un fermier libre, ou plutôt deux familles d’agriculteurs, liées à des propriétés. Et cela signifie que c’était un règlement d’une certaine ampleur, que Robert Redfield a défini comme une société populaire.

3. Les principales caractéristiques du travailleur intégral étaient :

  • la propriété des moyens de production ;
  • la consommation de produits manufacturés ;
  • l’échange naturel à une échelle limitée ;
  • la consommation rituelle d’excédents (potlatch) ;

un modèle don  / contre-don, la dépense pure (Marcel Mauss).

4. La communauté des fermiers a été conçue comme quelque chose de souverain

La superstructure au-dessus était une sphère de la mort et des esprits (qui dans certains cas était occupée par des groupes hétérogènes – par exemple, l’élite des conquérants). C’est là que les victimes étaient envoyées, peu importe si cette sphère était une représentation corporelle (castes supérieures) ou non (esprits, morts). En tout cas, le niveau méta-souverain était personnifié et était responsable de la destruction du surplus ou de la déficience. Mais (et c’est fondamental !), l’équilibre production / consommation était du domaine de l’immanence pure, c’est-à-dire souverain.

5.1. Le capitalisme est basé sur une scission (Spaltung) de ce type. La scission se manifeste dans :

  • l’aliénation des moyens de production ;
  • la séparation de la production et de la consommation ;
  • la répartition du travail ;
  • la transition vers l’échange monétaire ;
  • la monétisation de phénomènes auparavant non monétaires (non marchands) – terre, main-d’œuvre, monnaie ;
  • la cessation de la « production de victimes » et l’abolition des autres mondes (sous forme de religion et de biens) ;
  • l’interdiction du potlatch et du système de don  / contre-don.

5.2. Cela a conduit à la désintégration de la figure fondamentale de l’économie, à l’émergence de nouveaux acteurs – les bourgeois, propriétaires des moyens de production, des individus et des producteurs, des masses (population) au lieu du peuple ou de la communauté (de la Gemeinschaft à la Gesellschaft de Ferdinand Tönnies), le prolétariat urbain, et le phénomène du salariat et du précariat.

5.3. L’économie de la modernité – le capitalisme – est le processus d’aggravation de la désintégration de ce type. Le capitalisme est basé sur la décomposition du type fondamental de travailleur intégral.

5.4. Le résultat de la scission est l’émergence des classes – c’est-à-dire les capitalistes et les travailleurs (Capital et Travail).

Types intégraux dans les castes supérieures de la société indo-européenne

5.4.1. On peut noter que la scission du travailleur intégral a été accompagnée de processus similaires dans d’autres domaines. Nous pouvons parler de la figure du prêtre intégral (total) et du guerrier intégral (total).

5.4.2. Le prêtre total (la dualité de Mithra-Varuna à Dumézil) est divisé en un sacré et diabolique (prêtre et sorcier) du type sacral général (Rudolf Otto).

5.4.3. Le guerrier total est divisé en une victime (martyr) et un bourreau (agresseur). Le guerrier total s’occupe de la mort (dans les deux cas, le tueur / la victime). Il a des moyens de tuer (des armes). Un guerrier a un droit légitime à la violence. Il y a une césure dans la classe des guerriers créant l’État, qui s’approprie le droit à la violence légitime et se transforme en bourreau (les armes sont sélectionnées), et transforme le guerrier en soldat ou en policier.

5.4.4. La scission affecte les trois domaines de base. Il n’est pas possible dans une caste distincte. Par conséquent, le capitalisme est associé au sacerdoce désintégré (hypocrite, principalement le protestantisme), à la désérialisation du monde (science moderne) et à l’armée désintégrée.

5.4.5. La scission des trois types conduit à une économie capitaliste, à un État bourgeois et à la domination de l’élite matérialiste scientifique et technique.

Partie 2. Surmonter le capitalisme

1. Le socialisme n’est pas une véritable alternative au capitalisme, car il accepte le schisme comme destin universel. L’ensemble du « Manifeste »de Marx est lié à cela. Il veut être non seulement anticapitaliste (y compris pré-capitaliste), mais post-capitaliste. Par conséquent, Marx détestait les paysans. Le marxisme appelle à l’aggravation de la scission, absolutise la Gestalt du prolétaire, qui est le cas ultime (limite) de la division et de l’aliénation. Le prolétaire n’existe plus en tant qu’individu (la figure principale du libéralisme). Il n’y a qu’un paysan urbanisé (malheureux et divisé en tout cas – à la fois comme ouvrier industriel et comme petit-bourgeois).

2. La 4TE rejette le capitalisme dans ses racines, comme il rejette la modernité. Par conséquent, dans le domaine de l’économie, la 4TE signifie un retour à l’ouvrier intégral. Cela correspond bien au populisme américain de la fin du XIXe siècle (l’Union des Fermiers et la création du Parti Populiste en 1892 – les fondateurs de Frances WillardThomas E. Watson, etc.) ou l’anarchisme agraire de Proudhon, inspiré par l’expérience de la Suisse.

3. Mais la restauration de la figure intégrale d’un ouvrier n’est possible qu’avec la restauration de deux autres types indo-européens – un prêtre intégral et un guerrier intégral (un exemple de guerrier intégral est un chevalier).

4. Cependant, le type intégral restauré n’est pas l’original. Il y a une dialectique du sens hégélien : « innocence – péché – vertu ». La vertu n’est pas l’innocence, mais un conflit avec le péché qu’il faut surmonter. De même, dans le capitalisme : c’est un péché et un mal pur, une scission / diable. Travailleur intégral – innocence. Un travailleur intégral restauré est une vertu. Par conséquent, la confrontation avec le capitalisme est un impératif eschatologique.

5. La fin de l’histoire dans l’optique de la 4TE est la fin de l’histoire du capitalisme et la transition vers une autre histoire contre-capitaliste basée sur l’intégrisme et le holisme orientés vers une histoire intégrale.

Alexandre Douguine Philosophe russe

http://lesakerfrancophone.fr/chisinau-de-la-quatrieme-theorie-economique

EN BANDE SON : 

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