Art de la guerre monétaire et économique

Qui sème le vent Par Michel Onfray

Qui sème le vent 

 bbn Quand Macron a choisi de répondre à la souffrance première des gilets-jaunes par la criminalisation morale -homophobes, racistes, xénophobes, fascistes, antisémites, misogynes, phallocrates- puis par la répression policière et militaire, il a attiré la haine sur lui et sur ceux qui, à sa demande, exercent sa politique répressive, à savoir la police, la gendarmerie, l’armée. Il n’y a pas d’autre explication à la bêtise de ceux qui invitent les policiers à se suicider: ils répondent bêtement à la haine par la haine. Invitation sotte et débile, indéfendable et inhumaine, bien entendu, mais compréhensible. On ne peut envoyer sans cesse la soldatesque au petit peuple qui dit qu’il a faim sans déclencher un jour sa haine.

Au lieu de juger avec force moraline si la violence de tel ou tel gilet-jaune c’est bien ou si c’est mal, on doit se demander comment un retraité de soixante-neuf ans peut finir par écrire sur son camion des slogans qui se réjouissent de la mort des policiers et qui invite à leur suicide en n’imaginant pas une seule seconde que sa plaque minéralogique permettra de le retrouver en un clic. Dès lors, si l’on veut comprendre, on ne peut que tomber sur cette généalogie: le bon sens populaire ne dit rien d’autre en affirmant « qui sème le vent récolte la tempête »!

Au commencement, les gilets-jaunes expriment juste une souffrance sociale, rien d’autre. Ils ne sont pas contre les taxes en soi, comme il fut dit non sans malhonnêteté, mais contre l’augmentation du carburant, une denrée indispensable quand on habite dans une zone que ne couvrent ni les trains, ni les métros, ni les tramways, ni les taxis, ni les transports en commun, des endroits dans lesquels ni le vélo, ni la trottinette, ni le roller ne permettent de se déplacer sérieusement…

Comprendre n’est pas excuser, mais expliquer d’où vient la négativité si d’aventure on se propose d’en tarir la source. Mais Macron veut-il tarir cette source? Je ne le crois pas, il a bien plutôt intérêt à créer, puis à entretenir le chaos, car le recours au chef qu’il voudrait être mais ne parvient pas à devenir, se fait plus volontiers en présence du désordre. Pour créer les conditions d’émergence d’un homme providentiel, rien de mieux qu’une situation de crise. Qui dira qu’il ne l’a pas créée par son long refus de répondre avant d’adopter la stratégie du mépris, de la haine, puis de la violence d’Etat? Pour l’heure, la chose lui réussit électoralement, il est en tête aux européennes; mais pour l’Histoire, c’est répandre la poudre en quantité phénoménale. Ensuite, il suffira d’une étincelle.

Les gilets-jaunes se trompent d’ennemis en attaquant la police et la gendarmerie. Car la sociologie d’origine de ces forces de l’ordre n’est pas enracinée dans les beaux quartiers: on y trouve personne qui a fait Henri-IV, Louis-le-Grand ou l’Ecole normale supérieure, on n’y repère aucun ancien élève de Sciences-Po, aucun énarque, aucun agrégé de lettres, de philo, d’Histoire, aucun diplômé de l’Ecole pratique de hautes études. On n’y trouve aucun hériter. Un fils d’éditeur parisien, d’éditocrate mondain, d’acteur ou de comédien germanopratin, de chanteur à la mode ne se retrouve jamais à faire du maintien de l’ordre. Même remarque avec les gardiens de prison: je parie qu’on ne trouvera chez eux aucun individu dont les parents font partie de la grande bourgeoisie française. Lire ou relire Bourdieu…

Sauf quelques cas de brutes qui jouissent de taper, il y en a ici comme ailleurs, sauf quelques hauts gradés qui, eux, peuvent être des héritiers, le représentant des forces de l’ordre qui obéit aux ordres de Macron en tapant, en éborgnant, en blessant, en mutilant, obéit d’abord et surtout aux ordres du préfet qui obéit au ministre de l’Intérieur qui obéit au Premier ministre qui obéit au président de la république qui n’obéit qu’à lui même -alors qu’il devrait obéir au peuple, il a été élu pour ça.

Le jeune homme qui nous gouverne ne sait pas même se gouverner. Or, pour bien commander autrui, il faut d’abord être le général de soi-même. Impulsif, narcissique, intolérant à la frustration, provocateur mais ne supportant pas la provocation, séducteur mais n’acceptant pas qu’on ne soit pas séduit, ce prototype d’enfant-roi avance, sûr de lui, ne se remettant jamais en cause, méprisant les petits, les sans-grades, les inutiles, les sans-dents de son ancien maître, insultant les chômeurs, les demandeurs d’emploi, les jeunes sans boulot, sans diplôme, sans appartement, et flattant les puissants pour lesquels il travaille. Il est du côté de ceux qui ont puisqu’il partage le monde entre ceux qui ont et qui sont tout et ceux qui n’ont rien et qui ne sont même pas rien puis qu’ils ne sont pas.

Ce faible qui est fort avec les faibles et faible avec les forts méprise les faibles auxquels il ressemble pourtant tellement. Mais si les gilets-jaunes sont faibles économiquement, sociologiquement, politiquement, ils sont forts par leur revendication première de dignité sans colère et sans haine, ils sont forts par leur endurance, leur longanimité, leur capacité à supporter sans broncher depuis des années qu’on se moque d’eux, qu’on les méprise, qu’on jette leur vote à la poubelle, qu’on les traite de tous les noms, qu’on les moque, qu’on les ridiculise, qu’on les tienne pour quantité négligeable.

Quand, en novembre dernier, avant que les vieilles gauches institutionnelles ne les récupèrent en commençant par les mépriser comme Macron et les siens,  les gilets-jaunes se sont contentés de dire qu’ils ne pourraient pas payer cet impôt qu’on leur infligeait non par rébellion, jacquerie ou révolte, mais tout simplement parce qu’ils n’ont plus d’argent le quinze du moins, Macron a choisi une stratégie qui paie: il a voulu la violence, il a provoqué et lancé la violence d’Etat contre les ronds-points, il a couvert les forces de police les plus joyeuses dans la répression -nommons cela le syndrome Benalla…-, il a nommé un ancien familier du milieu marseillais ministre de l’Intérieur en lui laissant les pleins pouvoirs pour incarner sa politique de la terre brûlée entre deux patins roulés en boite de nuit, un verre d’alcool à la main, pendant que son patron s’amusait en faisant du ski, les provocations n’ont pas manqué… Il se voulait Jupiter, il est tout juste Néron qui lui aussi allumait les incendies pour mieux régner. 

Car, que veut dire ce que l’on apprend grâce aux informations données par un tweet du docteur Gérald Kierzek? Ce praticien dont j’ai apprécié l’humanité et les engagements dans les coulisses de l’émission matinale d’Audrey Crespo-Mara, a constaté lors d’une garde qu’il effectuait qu’on demandait à ses services de remplir des fiches de renseignements sur les admissions des gilets-jaunes admis aux urgences de son hôpital. Noms, numéros de téléphones, sexe, âge, nationalité, adresse, description des vêtements, nature des blessures, précisions de particularités anatomiques, informations sur les conditions de l’accident –autrement dit: délation des détails de l’action militante. Ces informations remontent immédiatement aux ministères de l’Intérieur, de la Justice et des Affaires étrangères. Voilà comment on constitue un fichier de police en bonne et due forme.

Que veut Macron en établissant ce fichier de basse police si ce n’est prendre date pour des entreprises de répression à venir? Comme tous les blessés ne travaillent pas sur le service public de France-Culture, il ne pourra pas les faire virer comme votre serviteur, mais qu’a-t-il derrière la tête? Si ce n’est poursuivre sa politique de répression à l’aide de ces fichages dont peu de gens estiment qu’ils procèdent purement et simplement de la délation.

En temps normal, quand il s’agit de signaler un pédophile récidiviste dans un quartier ou un cambriolage dénoncé par des Voisins Vigilants, la délation est tout de suite mise en relation avec celle des juifs sous le régime de Vichy! On ne sache pas que ce choix fait par Macron d’une politique radicale et ultra-répressive qui ne recule devant aucun moyen illégal n’ait été massivement dénoncé par la presse maastrichtienne. 

Depuis plus de cinq mois, la ligne présidentielle à l’endroit des gilets-jaunes est claire: c’est celle de la violence d’Etat. Là où il pourrait l’utiliser légalement et légitimement pour le maintien de l’ordre, il l’utilise illégalement et illégitimement pour la répression partisane de ceux qui s’opposent à sa politique, qui est celle d’un vassal de l’Etat maastrichtien. La constitution de ce fichier de police est le préalable d’une opération qui met ce qui reste de république et de démocratie, c’est-à-dire peu, en péril. Laquelle? On n’en sait rien, mais rien n’interdit de penser que le pire semble à venir.

Ceux des gilets-jaunes qui attaquent la police se trompent. Ce sont les imbéciles qui, quand on leur montre la lune, regardent le doigt. Ce sont des imbéciles parce qu’il n’y a pas plus complices objectifs et plus idiots utiles de Macron que ces gens-là! Le président de la République pousse perpétuellement à la faute, depuis des mois, semaine après semaine, jour après jour, il fait tout pour ça, et une poignée de crétins tombe dans tous les pièges qu’il tend.

Ceux des policiers qui se suicident sont des victimes de ce régime autocratique qui n’en peuvent plus de ce qu’ils connaissent plus que d’autres : impunité des caïdats de quartier, renoncement à l’état de droit dans les territoires perdus de la république, silence complice sur le business de la drogue, les incendies de voitures, les crimes sexuels, la lèpre islamique radicale, incapacité de la justice à faire son travail, tribunaux engorgés, peines non effectuées, prisons saturées, les forces de l’ordre sont à la peine parce que le pouvoir maastrichtien les envoie au front sans munitions et sans protections, découverte et nus. Si d’aventure une balle est tirée contre un délinquant qui les menace, c’est sur la police que la faute retombe; il se peut même que le président de la République en personne se rende au chevet d’un délinquant montrant ainsi dans quelle estime le pouvoir tient ses forces de l’ordre. Le suicide de tel ou tel d’entre les policiers ou les gendarmes est de même nature sociologique et politique que la souffrance des gilets-jaunes -la même que celle des agriculteurs qui eux-aussi mettent fin à leur jour de façon massive. C’est se tromper d’ennemi que d’inviter la police à se suicider ou estimer qu’un policier mort est à demi pardonné. C’est se tromper de cible et réjouir Macron qui, une fois de plus, n’attend que cela pour déconsidérer le juste combat des gilets-jaunes des premiers temps.

Les gilets-jaunes ont beaucoup d’ennemis: la gauche qui, un bon mois après le début de leur lutte, veut récupérer leur énergie à des fins électoralistes ou politiciennes; même tabac avec la droite souverainiste ; les blacks-blocs qui dissimulent leur nihilisme en endossant un gilet jaune avant de tout ravager et de faire porter le chapeau à ceux qu’ils cocufient dans les grandes largeurs; les gilets-jaunes récupérés par Mélenchon, genre Eric Drouet, afin de constituer une garde prétorienne de rue pour ses combats personnels; les islamo-gauchistes de La France insoumise qui appellent à la convergence des luttes et voudraient associer les gilets-jaunes des campagnes aux radicaux portant le keffieh des banlieues. A quoi il faut ajouter les soutiers de l’Etat maastrichtien que sont les sociologues et les chercheurs de cour, les philosophes mondains, les journalistes du système, les comédiens et les artistes germanopratins, les éditocrates multicartes, les footballeurs assis sur leurs tas d’or, les économistes libéraux, les politiciens de droite et de gauche  qui se sont trouvés aux responsabilités depuis 1983 -Mélenchon compris: voilà la lune qu’il faut regarder et combattre. Attaquer et charger les policiers, c’est regarder le doigt. Ils obéissent: seuls leurs maîtres sont responsables. Leurs maîtres et leurs complices que sont ces soutiers. Car tout ce beau monde-là défend les seuls intérêts de l’Etat maastrichtien qu’en attendant tout le monde oublie, personne ne charge, et aucun n’attaque! Si l’on doit inviter au suicide, c’est à l’Etat maastrichtien, dont Macron n’est que le valet, qu’il faut envoyer le faire-part. Toute erreur de destinataire s’avère… suicidaire pour qui se trompe d’adresse.

Michel Onfray

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Le Grand Débat de Macron, qui a duré six mois, a coûté 12 millions d’euros. Il avait été précédé par une annonce pour une fois tenue: ce débat aura lieu, avait-il été dit, mais le cap ne changera pas. Pour une fois qu’un président de la République honore sa parole, saluons son honnêteté. Ce prétendu débat avec des interlocuteurs choisis et triés sur le volet par les préfectures a bien eu lieu; il a généré des dizaines d’heures de monologues que les chaines d’informations ont diffusé et commenté avec gourmandise, idem avec les quotidiens et les magazines qui s’en sont repu; aucune instance de régulation genre Conseil Supérieur de l’Audiovisuel n’a imaginé une seule seconde que ce temps de parole devrait entrer dans le décompte du temps alloué aux partis lors de la campagne pour les élections européennes. Ce président qui avait stigmatisé les présidence bavardes de ses prédécesseurs est en train de les enfoncer comme jamais.

Tout ce barnum qui a éloigné le président de la République de son bureau de travail pendant de longues semaines a eu lieu et, après deux longues heures d’un interminable monologue narcissique présenté comme une conférence de presse à même de faire un bilan de ces six mois, nous en avons désormais bien la certitude: rien ne va changer, la direction est la bonne, il faut continuer dans ce sens, et même accélérer le rythme. Le principe étant que, si l’Europe (mot tabou pendant ces deux heures: normal, c’est le mot du seul enjeu véritable…) déçoit c’est parce qu’il n’y a pas assez d’Europe, dès lors il faut plus d’Europe encore. C’est aussi malin qu’un cancérologue qui dirait à son patient souffrant de sa maladie qu’il lui faudrait plus de cancer encore pour aller mieux…

J’ai annoncé la chose et je l’ai écrite plusieurs fois, c’était facile de savoir que les choses se passeraient ainsi. Tout le monde peut désormais le savoir: le Grand (sic) Débat était une affaire d’enfumage pour calmer ceux des gilets-jaunes qui ont cru à cette opération de communication. Je le répète: dans le cadre étroit de l’Etat maastrichtien, Macron n’a pas d’autre choix que de maintenir le cap. Il le maintient. Junker peut lui envoyer des roses rouges.

Cette conférence de presse, c’était en fait le chef de la France d’en haut qui parlait aux domestiques de la France d’en haut pour leur dire que cette même France d’en haut n’avait rien à craindre: le cap maastrichtien allait être maintenu. Les gilets_jaunes disent-ils depuis des semaines que pareille direction conduit aux vortex marins? Leur cas est vite expédié par le jeune homme: « ce ne sera pas une réponse aux gilets-jaunes, mais à tous les Français » -ce qui donne, traduit dans la langue qui pourrait être celle de la meuf Ndiaye propulsée porte parole du gouvernement, probablement pour son style fleuri  et son art de la synthèse: « Virez moi ces gueux, je n’ai rien à dire à ces connards, passons aux choses sérieuses. » Le plus honnête eut été de s’exprimer ainsi.

En effet, dès les premières minutes, les gilets-jaunes ont été habillés par le président de la République avec ses crachats habituels: homophobes, racistes, antisémites, complotistes, etc. Les médias ont abondamment délayé ces vomissures depuis une demie année, on connaît désormais très bien ces insultes qui passent pour un argumentaire -c’est ainsi que cet homme à la pensée complexe se repose de trop penser et de penser trop haut.

Moins de cinq minutes après le début de cette sotie -la sotie est une « farce satirique et allégorique du Moyen Âge, jouée par des acteurs en costume de bouffon »- , les gilets-jaunes pouvaient éteindre leur télévision, cette soirée ne serait pas la leur. Pendant des semaines ils ont demandé un orage civique; Macron leur a offert une rosée médiatique et ce fut un pissat de colibri.

« Nous sommes avant tout les enfants des Lumières », a-t-il asséné, probablement après avoir pompé dans le Lagarde & Michard -lui ou la Meuf. A l’écouter, rien n’était moins sûr… Tout dans son intervention était brumeux et fumeux, fuligineux et vaporeux, en un mot: ennuyeux. Rien de la drôlerie ironique de Voltaire, rien de la profonde légèreté de Diderot, rien de la radicalité de Rousseau, rien de la pensée élégante de Montesquieu, rien de l’espièglerie de La Mettrie, rien de la profonde humanité d’Helvétius, rien de la puissance de d’Holbach. De Lumières, il n’y en eut point, juste une veilleuse de nuit au pied du lit. Un colibri vous dis-je. Lui qui, après avoir professé jadis que la culture française n’existait pas, a changé de bord, et ça n’est pas la première fois, en parlant de « cet art un peu particulier d’être français ». Pour le coup, ce soir-là comme tant d’autres, il n’a pas été un bien grand Français!

Il se peut qu’armé de cette loupiotte il n’ait pas vu grand chose pendant son marathon dans la France rurale. Mais il fit bonne figure et eut toutefois un air inspiré, comme madame Trogneux le lui a probablement appris en jouant « Les Fourberies de Scapin » au lycée des jésuites d’Amiens, un air profond, comme il est dit dans les didascalies des pièces de théâtre du genre: « Ici on aura l’air grave. » Après avoir ménagé un silence pendant lequel il devait compter mentalement les secondes « une, deux, trois -il a repris la parole et confessé ces propos d’un converti : il a vu « l’épaisseur de la vie des gens ». Tudieu! Le bougre est devenu président de la République alors qu’il ignorait tout de l’épaisseur de la vie des gens! Quel talent ce Scapin qui a eu besoin d’un tour de France à douze millions d’euros pour apprendre ce qu’il aurait dû savoir depuis bien plus longtemps que ça -disons: juste après son stage de l’ENA…

Après la conversion de Claudel derrière un pilier de Notre-Dame, il faut désormais compter avec la conversion de Macron aux pieds d’un pommier de Bourguignotte en Normandie! Il a vu « la France profonde » comme l’auteur du « Partage de minuit » avait vu dieu. Même si cette apparition parait plus modeste, elle mérite d’être marquée d’une pierre blanche. Gageons qu’il en sortira une purification existentielle -c’est du moins ce qui a été annoncé par l’impétrant.

Mais, dans ce tour de France par un seul enfant, Emmanuel Macron n’a pas vu de gilets-jaunes. S’il ne les a pas vus, il ne les a pas entendus non plus -il n’entend que les propos racistes, les propos homophobes, les propos antisémites, etc, que lui rapportent, au choix, le philosophe Castaner, ou le ministre de l’Intérieur BHL, sinon le comédien Luc Ferry ou le penseur François Berléand. Mais ce peut-être aussi Alain Sloterdijk ou Peter Badiou, je ne sais plus, les ennemis des gilets-jaunes ne manquent pas…

Macron n’entend pas les gilets-jaunes, mais il leur répond quand même: vous vouliez le référendum d’initiative citoyenne? Vous ne l’aurez pas bandes de paltoquets! A la place, (il y a des mois que j’annonce que la chose sera ainsi notifiée…), vous aurez l’élargissement du référendum d’initiative partagée. Quèsaco? Un référendum par lequel on demande aux parlementaires, dont les gilets-jaunes veulent faire l’économie, qu’ils en envisagent la pertinence, la validité, la justesse, l’opportunité, puis de décider, ou pas, de l’examiner au parlement, avant de le jeter à la poubelle! Le tout est de savoir s’il sera envoyé à la déchetterie avant ou après l’examen au parlement. Avec ce genre de dispositif, pas de crainte: aucun sujet de société ne sera confié aux gueux, seuls leurs représentants pourront continuer à les trahir. Peine de mort, avortement, contraception, immigration: laissez tout ça aux gens sérieux bande de crétins. 

Vous vouliez la démocratie directe? Vous ne l’aurez pas bande de foutriquets! Et Macron de flatter les élus dans le sens du poil en leur disant qu’une nouvelle décentralisation leur donnerait plus de pouvoir. On a vu il y a peu que le chef de l’Etat a décidé de faire servir des petits déjeuners à un euro dans les écoles de certaines communes tout en laissant aux maires le soin de payer la plus grosse part, après qu’il leur ait supprimé les rentrées d’argent comme les taxes d’habitation. Voilà le genre de pouvoir qu’on va donner aux élus qui vont s’amuser en campagne à trouver de l’argent pour payer les réformes décidées à Paris par Macron, le tout avec une caisse qu’il a pris soin de vider au préalable! Vous en vouliez de la démocratie directe? En voilà…

Vous vouliez la reconnaissance du vote blanc? Vous ne l’aurez pas bande de freluquets! Voter c’est élire monsieur Machin ou madame Bidule pour agir en votre nom et place, pas « monsieur Blanc » a dit le président de la République qui a dû pour ce bon mot récolter le jus de cervelle d’une cinquantaine d’énarques mis à la tâche pendant six mois pour obtenir ce seul petit effet.

Vous vouliez le vote obligatoire? Vous ne l’aurez pas bandes de demeurés! Pour la bonne et simple raison que c’est impossible de faire payer une amende à ceux qui ne se déplaceraient pas, qui seraient si nombreux, et qui trouveraient ainsi une occasion facile de passer pour des rebelles.

Vous vouliez la retraite à soixante ans? Vous ne l’aurez pas bande d’attardés! Ce fut un sommet de rouerie politicienne, de sophistique et de rhétorique où il fut dit par Macron qu’il ne toucherait pas aux 35 heures ni à l’âge légal du départ à la retraite, mais, mais, mais: que ceux qui s’évertueraient à partir à soixante ans tout de même n’auraient pas une retraite pleine, c’est-à-dire n’auraient quasi rien. A quoi il a ajouté qu’il faudrait travailler plus pour gagner plus, le tout à négocier par branche dans les entreprises. Ce qui donnait immédiatement cette contre-vérité dans un bandeau passant de BFMTV: « Emmanuel Macron ne veut pas revenir sur les 35 heures, ni sur l’âge légal du départ à la retraite »- pour être juste, une suite aurait du préciser: « mais vous travaillerez quand même plus longtemps ». Des millions de français sont au chômage, mais la solution pour lutter contre c’est de faire travailler plus longtemps ceux qui travaillent affirme le Président: « c’est du bon sens » a-t-il même dit! Il me semble que le bons sens serait de partager le travail pour alléger ceux qui en ont trop et souffrent de maladies professionnelles, en même temps que de pourvoir ceux qui n’en ont pas et souffrent de leur inexistence sociale.

Vous vouliez restaurer l’impôt sur la fortune? Vous ne l’aurez pas bande de gougnafiers! Cet impôt fait fuir les riches et appauvrit le pays! « On a besoin de riches, sinon qui exploitera les pauvres », aurait presque pu dire le président de la République s’il avait décidé de nous livrer le fond de sa pensée ce soir-là. Que dit d’autre sa foireuse théorie du ruissellement?

Vous vouliez un système de retraite solidaire socialisé? Vous ne l’aurez pas bandes d’argoulets! Bien au contraire, vous allez vous la payer avec un système de points, par capitalisation. Si vous n’en avez pas les moyens, vous n’en aurez pas, c’est tout simple. C’est une version en marche du fameux « salaud de pauvres! ».

Vous vouliez la proportionnelle intégrale? Vous ne l’aurez pas bande de tarés! Vous en aurez un peu, suffisamment, mais pas trop, assez pour vous leurrer, mais pas trop pour nous empêcher de vous gruger. La chose est voulue par le président de la République et, comme il faut bien paraître gaullien de temps en temps, en vertu du principe que le président préside et que le gouvernement gouverne -Macron confie en passant qu’il a relu Michel Debré, quelle conscience professionnelle!-, le Premier ministre verra pour l’intendance… Les ciseaux du ministre de l’Intérieur reprendront du service et les circonscriptions seront taillées pour bien partager le gâteau entre maastrichtiens de droite et maastrichtiens de gauche. 

Vous vouliez une Constituante? Vous ne l’aurez pas bande de paumés! En lieu et place d’une autre assemblée, on garde la même et on la dégraisse un peu en réduisant le nombre d’élus. De combien demandera une journaliste? Le chef évacuera la question de l’impertinente en disant que sa valetaille gouvernementale verrait ces choses-là plus tard et en son temps.

Vous vouliez la fin de l’ENA? Vous ne l’aurez pas bande de décérébrés! Mais, on annonce quand même que vous l’aurez pour mieux la maintenir: en gros, on garde les locaux, on garde le personnel, donc les enseignants, dès lors je vois mal dès lors comment ils pourraient y enseigner autre chose et autrement que ce qui s’y trouve déjà enseigné, mais l’ENA changera de nom parce qu’on va la refonder!  Abracadabra…

Pour le reste des revendications des gilets-jaunes, il n’en fut pas du tout question! Rappelons en quelques unes: loger les SDF; modifier l’impôt; y assujettir les GAFA; augmenter le SMIC; mener une politique en faveur des petits commerces en ville ou dans les bourgs; supprimer les taxes sur les carburants; interdire les délocalisations pour protéger l’industrie française; en finir avec le travail détaché; lisser les systèmes de sécurité sociale; limiter le nombre des contrats à durée déterminée et augmenter le nombre des contrats à durée indéterminée; activer une réelle politique d’intégration des immigrés; mettre fin aux politiques d’austérité indexées sur le remboursement de la dette; limiter le salaire maximum; encadrer les prix des loyers; interdire la vente des biens nationaux; accorder des moyens à la police, à la gendarmerie, à l’armée, à la justice;  payer ou récupérer les heures supplémentaires effectuées par les forces de l’ordre;  réinstaurer un prix public convenable du gaz et de l’électricité; maintenir les services publics en activité; couper les indemnités présidentielles à vie – toutes choses auxquelles je souscris. Le silence du chef de l’Etat sur ces questions dit tout: vous n’aurez rien!

Quand fut venu le temps des questions, alors qu’on lui demandait si cette conférence de presse annonçait un nouvel acte dans sa politique, il a vrillé de la bouche, frisé des yeux, on a bien vu qu’il a retenu son une idée parce probablement trop provocatrice; il s’est contenté de récuser le mot -qu’il utilisera quand même plus tard…-, avant de dire qu’il était préempté par les gilets-jaunes dans leur « gymnastique »- coup de pied de l’âne…

Ensuite, dernière allusion aux gilets-jaunes, il fit savoir qu’ils pouvaient bien continuer à brandir des pancartes « longtemps » et que ça ne l’émouvait pas -on avait bien compris…

Puis, conclusion dans la conclusion, la métaphore de la cathédrale détruite et à rebâtir fut convoquée. La Meuf a dû  trouver que rameuter l’incendie,  c’était bon pour l’image. Pour un peu, Macron nous aurait dit que, via Notre-Dame de Paris, la vierge Marie elle-même irait voter pour sa liste aux prochaines élections européennes. Son staff n’a pas osé aller jusque là, mais il s’en est fallu de peu…

Ce fut donc un très grand discours de campagne pour un candidat qui aspire à devenir président de la République. Mais il faudrait peut-être que quelqu’un dise à ce jeune homme -la Meuf peut-être?- que, président de la République, il l’est déjà depuis deux ans et qu’il serait temps qu’il s’en aperçoive. Le temps est passé du verbe, des mots, des paroles, de la rhétorique, de la logorrhée, de la verbigération. Six mois de monologues avec les moyens pharaoniques de la République pour un coût de 12 millions d’euros, c’est un camouflet pour les gilets-jaunes qui aura décidément coûté bien cher. Or, les camouflets restent rarement sans réponses. Leçon élémentaire d’éthologie. 

Michel Onfray

https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/un-camouflet-de-douze-millions?mode=text

EN BANDE SON :

8 réponses »

  1. J’aime beaucoup Onfray. Sa déconstruction du christianisme est très intéressante.
    Mais il commet une petite erreur, qui a son importance :
    « président de la république qui n’obéit qu’à lui même  »
    Non. Il obéit à ceux qui ont financé sa campagne. S’il ne renvoyait pas l’ascenseur à ceux qui ont donné des millions à son parti naissant, il serait rapidement viré et plus personne n’aurait confiance en lui (je veux dire, ceux qui l’ont financé bien sûr, pas ceux qui l’ont élu).
    Ce détail à son importance car il révèle un problème, non pas de personne, mais de système.

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    • Onfray déconstruit les monothéismes mais il est reste selon moi trop attaché en homme de gauche au matérialisme historique marxiste ce qui l’empêche d’aborder pleinement le paganisme et ce qui le sous-tend : la tradition primordiale. Il lui manque la spiritualité d’où un recours abusif au faux nez de l’athéisme.Mais il évolue vite et déjà sur la voie dionysiaque il en appelle au cosmos, alors tous les espoirs sont permis…

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      • C’est vrai qu’il reste très timide sur le paganisme.
        C’est quoi la « tradition primordiale » ? j’en vois beaucoup en parler, mais personne n’explique ce que c’est, comme si c’était évident …
        Il y a des auteurs qui en parlent bien ?

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  2. Je crois que avec la fourberie de ces gens là, il ne faut pas oublier que dans le « Traité de Lisbonne » (rejeté à 55% par les Français puis revoté dans leur dos par nos oligarques),
    il y est inscrit ( et ils le savent très bien ),
    je cite :
    « article II-61
    1. Toute personne a droit à la vie.
    2. Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni exécuté. »
    Mais dans le paragraphe 3-a de l’article 2 de l’annexe 12 (intitulée « Déclaration concernant les explications relatives à la Charte des droits fondamentaux »,
    section A de l’acte final de la partie IV),
    on peut lire une « explication » qui limite sérieusement la portée de l’article II-61:
    « Les définitions «négatives» qui figurent dans la CEDH doivent être considérées comme figurant également dans la Charte:
    a) l’article 2, paragraphe 2 de la CEDH:
    «La mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire:
    a) pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale;
    b) pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l’évasion d’une personne régulièrement détenue;
    —-> c) pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection.» <—-
    Qu'est ce qu’une "Émeute " ?? pour le Pouvoir ….
    Quelle ligne de délimitation entre une "Émeute" (ou grosse manifestation de
    contestation) et une "insurrection" qui vise à défaire les tenants du Pouvoir en place ( l'Oligarchie, la Nomenklatura, la "Classe ( Caste ) Dirigeante", ect…) et à défaire "Le Pouvoir" lui même…???
    Dans ce cas là et grâce au "Traité de Lisbonne" , les tenants du "Pouvoir" ( la Caste Dirigeante ) ont le droit de faire tirer sur la foule et avec la bénédiction de Bruxelles qui leur accordera "l'impunité totale" et ceci "Ad-Vitam"….
    En clair ou bien vous vous soumettez à Maastricht et à Bruxelles, ou bien "La Répression" s’abattra sur vous en toute "Légalité" selon Bruxelles et ses Mentors ….
    Micron et son Staff ont commandé un stock pour 3 ans 1/2 de grenades et de munitions
    "anti -émeutes", ils n'ont clairement pas la volonté de s’assouplir…
    Et comme toujours pour chaque Dictature, puisque les fondements des dogmes sous-jacents et les idéologies liées ne peuvent pas convaincre le peuple de par leurs contenus, les tenants de ces dogmes utiliseront "la Manipulation" et "la Force" pour les imposer quand même "de force" au Peuple …
    https://www.syti.net/ConstitutionAnnexes.html
    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-traite-de-lisbonne-autorise-a-62526

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  3. C’est un débat vieux comme le monde.
    Ok, il ne faut pas regarder le doigt mais la lune.
    Le problème c’est que ce ne sont pas des banquiers, des éditocrates et des universitaires qu’on envoies face aux gilet jaunes, mais des policiers, des CRS (dont l’un se vantait de palper 500€ par WE), et parfois des militaires.
    Il faut bien traiter avec ceux qu’on a en face de soi.
    Ne pas perdre de vue l’objectif, certes, mais ne pas ignorer le terrain non plus.

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    • Ceux qui pleurent sur le vel d’hiv devrait se rappeler que si l’époque a changé la police aux ordres reste la mème et n’est pas payé pour avoir des états d’âmes d’autant plus que sa militarisation est évidente et que les conflits avec la foule promettent d’être de plus en plus vigoureux au fur et à mesure que l’américanisation de notre société avancera.

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  4. «La pire menace qui puisse peser sur une démocratie, ce n’est pas la violence des armes, toujours ouverte et tangible, c’est la violence sournoise, insinuante, du mensonge ; c’est la manipulation des esprits, d’autant plus efficace et redoutable qu’elle revêt les oripeaux du moralisme.» ( Philippe Seguin

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  5. @Yoananda:
    La Tradition Primordiale
    LaTradition:Principes et lois métaphysique et philosophique donnés aux hommes
    Primordiale:dés l’origine du monde
    Selon cette Tradition toute la connaissance humaine passée présente et a venir,comporte l’ensemble des relations qui lient l’humanité a l’évolution du Cosmos.D’ Eres en Eres. Selon le principe de la Précessions des Equinoxes.Un schéma donné révélé.
    Temps cyclique.Circulaire et non pas linéaire
    Doctrine ésotérique révélée a toutes les civilisations au travers de symboles et mythologies différentes..
    Mais selon les mêmes principes
    La Tradition est la Loi qui trace l’Itinéraire….
    La Tradition unit les religions divisent…
    Jamais enseignée comme telle parce que gardée secrète.
    Egypte/Gréce/Rome /Celtes / l’Inde
    Principes qui innervent la civilisations Indo Européenne
    Les Pré-Socratique : Héraclite Pythagore
    Appolonius de Thyane ….
    Pour les modernes Julius Evola.Pratiçien.
    et René Guénon (pas pour moi je le trouve obscur et ennuyeux )
    Voila quelques indications…..

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