Art de la guerre monétaire et économique

L’Edito du Dimanche 23 Octobre 2011 : De l’Europe comme modèle réduit et précurseur du Monde Global Par Bruno Bertez

L’Edito du Dimanche 23 Octobre 2011 : De  l’Europe  comme modèle réduit et précurseur du Monde Global Par Bruno Bertez 

Les nouvelles en provenance des réunions européennes sur les  « solutions définitives » à la crise du Subprime Européen ne sont pas bonnes, mais elles ont le mérite d’être surprenantes.

Si l’on s’en tient aux sources les plus crédibles, Bloomberg et le Spiegel allemand, les Allemands et les Français ne se sont pas mis d’accord sur les moyens et la technique pour augmenter la puissance d’intervention et de dissuasion de l’EFSF, en gros sur la façon de faire croire qu’il dispose de plus d’argent qu’il n’en a en réalité.

 Les Français semblaient croire à la possibilité de le leverager, c’est à dire d’endetter l’EFSF en lui donnant une licence bancaire; sorte de faux nez pour une création monétaire pure et simple auprès de la BCE;

Les Allemands acceptant plus ou moins une augmentation faciale de son pouvoir de dissuasion en lui conférant une sorte de statut d’assurance, de bonificateur de crédit. La position allemande semble, nous disons bien « semble », inspirée par le plan d’Allianz, en vertu duquel l’EFSF sous son statut d’assureur prendrait en charge les premières pertes éventuelles enregistrées par les porteurs de titres souverains, ceci évidemment augmenterait un peu leur attrait. Comme on dit, le diable est dans les détails, et comme ceux-ci ne sont pas connus, il est inutile d’élucubrer par avance.

Source Wall Street Journal 

Les pressions sur les Allemands sont très vives, y compris de la part des Américains, mais les pressions internes, domestiques sur Merkel pour qu’elle tienne bon sont au moins aussi fortes et légitimes.

PLUS DE BERTEZ EN SUIVANT :

Aux dernières nouvelles, vraies ou fausses, on dit que l’idée de donner le statut de banque au EFSF serait abandonnée.

Par ailleurs, sur la question de la révision du haircut grec, c’est à dire en clair sur la question de l’abandon de créance, les discussions continuent sous la houlette d’un responsable… italien. Les 21% du plan précèdent avorté sont abandonnés, on serait sur un haircut de 50 à 60%.

Il est vrai que la maintenant célèbre Troïka a juste révisé ses prévisions de ratios de dettes pour fin 2013 et que l’on serait sur des horreurs du genre de plus de 180%. En gros, tout ce qui est économisé par l’austérité est contrebalancé par la chute du PIB, ce que tout le monde avait prévu sauf.. la Troïka.

source Financial Times

Disons le tout de suite, ce sera peu ou prou la même chose pour les autres pays qui croient résoudre leur problème de surendettement et de rating par les méthodes type FMI, y compris pour la France bien sûr.

Or donc, il n’y a pas d’accord sur le statut et la puissance de feu de l’EFSF, il n’y a pas d’accord sur la remise dettes à la Grèce, mais on nous annonce un accord sur la recapitalisation des banques européennes, laquelle est fixée, nous disons « fixée », par les démiurges souverains à un peu plus de 100 milliards! 

source Wall Street Journal

Comment peut-on fixer les besoins de recapitalisation des banques alors que les paramètres majeurs susceptibles de permettre de calculer ces besoins sont incertains et en cours de discussion? Mystère. Il semble que l’on prenne en compte les valeurs de marché des actifs détenus par les banques, nous disons bien il semble, car les calculs des spécialistes sur ces bases ne donnent vraiment pas les mêmes chiffres, de très loin. La réalité est qu’une fois de plus on marche sur la tête, on met la charrue avant les bœufs et, pour faire croire que l’on avance, on prend le risque de dire n’importe quoi sans se rendre compte que cela est contreproductif.

Les marchés se moquent des ratios du type core tier one à 9% ou autres, ils vont vu ce que cela donnait avec Dexia, chouchou des stress tests façon EBA!

Le problème des banques, c’est la confiance, laquelle se manifeste sur le marché de gros du refinancement par l’attitude des confrères, ils prêtent ou ne prêtent pas. C’est là que cela se passe comme on dit.

UE – BCE urgence de la Banque de financement surtensions

 L’utilisation des prêts d’urgence des banques européennes auprès de la Banque centrale européenne a bondi durant la nuit du 19 au 20 à près de 5 Md €, au plus haut depuis plus de sept mois …. L’établissement bancaire dans ce cadre emprunte à un taux prohibitif et dissuasif de  2,25 pour cent d’intérêt et ces prêts ne sont donc utilisés que lorsque les banques ne peuvent pas obtenir des fonds venus d’ailleurs. En temps normal, les pics de demande de financement sont généralement le résultat d’erreurs commises par les banques et durent rarement plus d’une journée ou deux. Mais pour les deux dernières semaines, l’utilisation de ces facilités de prêts d’urgence a été constamment élevé, et la semaine dernière ont tourné à environ 2 milliards € ou 3 Md € par jour,ce qui est  nettement plus élevé que la normale.

La seule démarche susceptible d’apporter une évolution positive durable à la question de la dette souveraine subprime européenne est une démarche logique, cohérente, fondée sur l’acceptation de la Vérité. Tout le contraire d’une démarche politique en somme.

Les problèmes de la dette subprime européenne sont réels, ils partent du réel et non des abstractions mathématiques, idéologiques ou politiques. Ce sont des problèmes en partie fiscaux, en partie de balance de paiements, en partie de redistribution excessive à crédit, en partie de spécialisation internationale, en partie d’erreurs de régulation etc.

source Der Spiegel

Plus fondamentalement le problème du surendettement européen est similaire, au sens mathématique de similitude, de celui du monde global.

Il faut concevoir l’européanisation, la constitution d’un ensemble européen de la même façon que la globalisation, c’est à dire la constitution de l’ensemble global mondial. La globalisation a été fondée sur les déséquilibres entre créditeurs et débiteurs, déséquilibres compensés temporairement par les recyclages de l’épargne des uns, allemands et français en particulier, vers le financement des déficits des autres, les PIIGS.

C’est le même schéma qu’au niveau mondial fondé sur ce que l’on a appelé le système Bretton Woods numero 2, dont on a voulu croire qu’il était stable.

 Le recyclage européen a buté sur le stock de dettes, le surendettement, c’est la crise du subprime européen, le système global butera de la même manière sur le stock de dettes américain, le surendettement des Etats-Unis. L’Europe n’est que précurseur de l’effondrement d’un modèle fondé prioritairement, non pas sur la vraie globalisation de l’économie réelle, mais sur la globalisation de la sphère financière, selon les critères de la finance de type Wall Street laquelle est radicalement différente de la vraie finance, celle qui est fondée sur l’épargne et l’investissement.

L’effondrement en cours du modèle de la globalisation européenne fondée sur les déséquilibres et le recyclage des capitaux est une étape, une étape essentielle des mutations en cours dans le grand système mis en place dans les années 80 sous la houlette américaine. On comprend que les Américains s’inquiètent des craquements européens et qu’ils veuillent ralentir les processus en cours.

BRUNO BERTEZ Le 23 Octobre 2011 

L’EDITO PRECEDENT : L’Edito du Dimanche 16 Octobre : Après l’austérité budgétaire, l’austérité financière par Bruno Bertez

EN BANDE SON :

 

5 réponses »

  1. Lundi 24 Octobre

    Les marchés financiers confirment les indications techniques que nous avons analysées dans nos commentaires des 16 et 21 . Le S& P 500 a bien franchi sa zone de résistance et cela a été confirmé ce jour.
    Nous restons donc sur ce que nous avons écrit alors, un signal positif non seulement a été donné, mais il a été confirmé.

    Nous ferons les remarques suivantes :

    -La hausse des actions est leader, c’est elle qui conduit le complexe du risque,

    -La corrélation hausse de l’euro, hausse du Sand P 500 fonctionne à merveille, quand l’euro monte c’est-à-dire quand le dollar baisse les actions sont haussières

    -Le crédit reste a la traîne ce n’est de ce coté que se situent le leadership et les anticipations positives

    -Les matières premières sont mieux avec des achats insolites sur le pétrole à horizon de quelques mois

    L’interprétation selon laquelle on anticiperait une solution définitive sur la crise du subprime européen est démentie par le marché de crédit européen, les spreads et les CDS .

    Par ailleurs le dernier flash PMI confirme la menace de début de récession en Europe, surtout en France. Les downgrades des agences de notation ne jouent plus.

    Conclusion tout se passe comme si la situation européenne avait cessé d’être déterminante, comme si la règle du jeu boursier n’était plus la.

    Une hypothèse est que le smart money anticipe des mesures ou des initiatives reflationnistes quelque part

    Notre interprétation d’un mouvement déclenché par les achats et rachats du découvert reste valable mais elle doit peut être être complétée. Ce que nous voyons maintenant ce ne sont pas des achats du découvert mais des achats d’anticipation. Et nous ne pensons pas que la crédibilité européenne soit telle que l’on ait envie d’anticiper quoi que ce soit de ce côté.

    Deux hypothèses, soit une initiative américaine du type achats de tires par la Fed, mais lesquels? ou initiative internationale en préparation à l’approche du sommet.
    A suivre….

    J'aime

  2. Mardi 25 octobre 2011 :

    L’Espagne émet 3,48 milliards d’euros de bons à 3 et 6 mois, taux en forte hausse.

    Le Trésor espagnol a émis mardi pour 3,48 milliards d’euros de bons à 3 et 6 mois, avec des taux en forte hausse par rapport à la dernière émission de ce type le 27 septembre, a annoncé la Banque d’Espagne.

    Les taux ont augmenté, à 2,292 % pour l’émission à 3 mois (contre 1,692 % la fois précédente), et à 3,302 % pour celle à 6 mois (contre 2,665 %), mais l’Espagne a atteint son objectif qui était de lever 2,5 à 3,5 milliards, dans un climat toujours dominé par les incertitudes en zone euro, autour de la Grèce et l’Italie.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___L_Espagne_emet_348_mds_EUR_de_bons_a_3_et_6_mois_taux_en_forte_hausse251020111110.asp

    J'aime

  3. Mercredi 9 novembre 2011 :

    La Bourse de Paris creusait ses pertes mercredi en fin de matinée et perdait plus de 2 %, peu après l’envolée du taux italien à 10 ans au-delà de la barre des 7 %, atteignant 7,372 %, signe d’une défiance accrue envers le pays, malgré le départ prochain de Silvio Berlusconi.

    A 11H28 (10H28 HEC), le CAC 40 perdait 2,27% à 3072,08 points, dans un volume d’échanges de 1,111 milliard d’euros, après avoir débuté la séance dans le vert.

    Le marché parisien a basculé dans le rouge en cours de matinée et ne cessait de s’enfoncer, au rythme de la hausse du taux d’emprunt italien qui dépassait désormais 7 %, atteignant 7,372 %.

    Ce niveau « augmente certainement la perspective d’un plan d’aide » au pays, souligne Manoj Ladwa, analyste chez ETX Capital, qui ajoute toutefois que l’Italie ne joue pas encore dans la même cour que la Grèce.

    Le départ annoncé de Silvio Berlusconi n’a pas suffi à soulager les marchés, qui doutaient toujours de la capacité de l’Italie à faire face à ses engagements budgétaires et à sa dette, d’autant que le pays a promis des mesures à l’Union européenne (UE).

    « Le départ de Berlusconi était attendu mais le problème c’est que des élections anticipées sont réclamées ce qui pourrait retarder les nouvelles mesures », explique Dov Adjedj, vendeur d’actions chez Aurel BGC.

    Les valeurs financières, en première ligne de l’aggravation de la situation italienne, souffraient à l’image de BNP Paribas (-2,97% à 30,39 euros), Crédit Agricole (-1,88% à 5,05 euros) et Société Générale (-3,25% à 18,16 euros). Axa lâchait 4,26% à 10,12 euros.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GBTPGR10:IND

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s