Commentaire de Marché

Le système financier est vraiment une blague Par Eric Sprott

Le système financier est vraiment  une blague Par  Eric Sprott

L’année 2011 a été un carrousel d’autres plans de relance, de reports et de dénis. Tout le monde est épuisé de la zone euro; il est impossible de régler le problème, la dette est trop élevée et les politiciens ne savent pas ce qui se passe. Il n’y a eu aucun changement structurel. Nous ne sommes pas encore sur la bonne voie. La dette mondiale est maintenant plus élevée qu’il y a un an, et c’est toujours la même rengaine : prolonger et prétendre, prolonger et prétendre…nous tournons en rond, et cela n’est guère amusant.

Même si nous l’avons mentionné en octobre 2007, et une fois de plus en septembre 2008, nous nous sentons obligés de répéter une vérité évidente : le système financier est une blague. C’est une véritable blague cyclique qui défie tous les efforts pour le redresser. La boutade s’est poursuivie cette année avec quelques scandales, reports et interventions importants, qui ont souligné la dépendance soutenue du système aux interventions gouvernementales. À part les exceptions flagrantes des effets du Trésor américain et du dollar américain (et nous devons admettre que ces deux catégories d’actif figurent parmi celles que nous préférons le moins), l’année qui vient de s’écouler n’a pas récompensé la sélection rigoureuse des titres ou les refuges sûrs. De nombreux développements survenus pendant l’année frisaient le ridicule, et en dépit de quelques nouvelles positives aux États-Unis, rien n’a permis de mettre notre vision pessimiste à l’épreuve. En fait, notre vision a plutôt été réaffirmée.

L’histoire de Dodd-Frank, vous vous en souvenez?

Il s’agit de l’énorme loi sur la réforme financière réglementaire qui est entrée en vigueur sous la présidence de Barack Obama en 2010. Nous ne sommes certainement pas des fanatiques de cette réglementation trop lourde, mais, essentiellement, la loi Dodd-Frank était censée fournir un nouveau cadre de référence pour remédier à l’effondrement potentiel des institutions financières trop imposantes pour faire faillite. Il n’a rien de mal à ça. Compte tenu de la taille du marché des instruments dérivés hors bilan, nous n’avons aucun problème avec le fait, à tout le moins, de tenter de se préparer à un autre effondrement bancaire d’importance aux États-Unis. Mais maintenant, après près de deux ans, le nombre de sections du cadre de référence qui ont effectivement été mises en œuvre est dérisoire. D’après le cabinet d’avocats Davis Polk, à peine 21 % des quelque 400 exigences de réglementation de la loi ont été finalisées depuis que la loi a été adoptée en juillet 2010. Une proportion de 74,5 % des 200 exigences de réglementation dont l’échéance est déjà passée a raté cette date(6). Les avocats doivent s’en donner à cœur joie avec toute cette paperasserie.

PLUS DE BLAGUE EN SUIVANT :

Une partie de l’affaire Dodd-Frank qui nous intéresse particulièrement est le règlement de la CFTC concernant les limites de position, qui etait  censé entrer en vigueur le 17 janvier 2012. Les nouvelles limites de position visent à prévenir la spéculation excessive au sein des marchés des matières premières, qui, selon plusieurs, y compris nous-mêmes, a alimenté les énormes fluctuations du prix au comptant de l’or et de l’argent au cours des dix dernières années. Comme les limites de position représentent, de toute évidence, une menace aux importants spéculateurs sur les contrats à terme, comme les grandes banques, il n’y avait rien de surprenant quand deux groupes de pression de Wall Street, soit la Securities Industries and Financial Markets Association (SIFMA) et la International Swaps and Derivatives Association (ISDA), ont intenté une poursuite contre la CFTC pour réclamer le rejet des nouveaux règlements afférents à la négociation desmatières premières , ou, à tout le moins, le report de leur entrée en vigueur. Bien que la CFTC ait initialement accepté la demande de report, elle l’a officiellement rejetée le 4 janvier dernier, développement encourageant dans une saga qui, à tout autre égard, est cynique(7). Toutefois, en décembre dernier, la CFTC avait déjà discrètement renoncé aux exigences relatives aux limites de position pour tous les membres du CME, et ce, jusqu’au 31 mai 20128. Donc, même si la nouvelle réglementation est entré en vigueur , les banques n’auront pas à donner un compte rendu de leurs positions avant le 31 mai de toute façon. Compte tenu de la poursuite des groupes de pression contre les nouveaux règlements et de l’apparente tendance de la CFTC d’accorder des sursis temporaires, nous ne nous attendons pas à ce que les nouveaux règlements concernant les limites de position soient appliqués de sitôt. Une fois que l’été sera à nos portes, il y aura probablement d’autres retards et reports, ce qui donnera aux gros joueurs amplement de temps pour se protéger. Prolonger et prétendre. Retarder et différer. C’est la rengaine que nous chantons quand nous tournons en rond.

Et puis, il y a l’Europe et la Banque centrale européenne (BCE). En décembre dernier, la majestueuse BCE a dû intervenir avec une autre injection massive de liquidités afin d’éviter un effondrement total du système bancaire de l’Union européenne. Le 21 décembre, la BCE a « inondé » 523 banques distinctes de l’Union européenne de liquidités grâce à une « opération de refinancement à long terme » totalisant 489,1 milliards d’euros (626 milliards $)9. En vertu de ce programme, la BCE va octroyer des prêts d’une durée de trois ans et imputer un taux d’intérêt accommodant de 1 %. Cette injection de liquidités permettra aux banques de l’Union européenne de participer à des opérations de portage faciles en vertu desquelles elles pourront emprunter de l’argent à un taux de 1 % et investir ces sommes dans des encans de dettes souveraines, qui verseront probablement un taux de 3 % ou plus. Ainsi, les banques mettront la différence dans leurs poches à titre de profit, et les dirigeants des pays « PIIGS » de l’Union européenne pourront dormir sur leurs deux oreilles sachant qu’ils seront en mesure de vendre leurs effets de piètre qualité aux banques de l’Union européenne à un taux réduit, et ce, du moment que les prêts de l’opération de refinancement à long terme subsistent. Et la meilleure nouvelle? Cette solution ne donne lieu à aucune impression de billets, ce qui veut dire qu’il n’y a vraiment aucun risque inflationniste, vous voyez?

Donc, pour nous assurer que nous sommes tous sur la même longueur d’onde, si tout se passe comme prévu cette année, les gouvernements souverains européens financeront leurs encans de dettes avec des capitaux provenant de prêts qui leur ont été accordés par plus de 500 banques européennes et qui, à leur tour, ont emprunté ces euros auprès de la Banque centrale européenne…et cette dernière, pour autant que nous puissions en juger, aura emprunté ces euros auprès de divers états souverains de l’Union européenne (ou les aura tout simplement imprimés). Est-ce que vous comprenez? Voyez-vous le cercle vicieux? Voyez-vous la tendance à remettre au lendemain? Comme les 489,1 milliards d’euros ne sont nettement pas suffisants pour éviter la catastrophe cette année (la plupart des banques de l’Union européenne sont tellement sous-capitalisées qu’elles ont tout simplement « garé » les capitaux obtenus de ces prêts auprès de la BCE à un taux de 0,25 %), la BCE a promis de lancer une autre opération de refinancement à long terme en février prochain10! Il ne faut donc pas se surprendre de la chute de l’or en décembre. Ils ont complètement réglé la crise de la dette en Europe!

Enfin et surtout, nous devons parler d’une composante alarmante de la National Defense Authorization Act (NDAA), qui est discrètement devenue loi sous la tutelle de Barack Obama le 31 décembre dernier. La loi sur la défense de cette année, officiellement appelée le Senate Bill 1867, comprend une modalité précise qui semble accorder au gouvernement américain le pouvoir de détenir indéfiniment, sans procès, des terroristes accusés, y compris des citoyens américains11,12. Il y a eu beaucoup de protestations et de confusion à l’égard du langage utilisé dans les articles du projet de loi concernés, et il n’est toujours pas clair de quelle façon ce projet de loi changera les lois afférentes à la détention de terroristes aux États-Unis, mais ce n’est pas de bon augure pour la liberté constitutionnelle dans ce pays.

Cette situation n’a de toute évidence aucune répercussion directe sur les marchés, mais nous avons cru bon en parler simplement pour rappeler aux investisseurs que les règles du jeu peuvent changer très rapidement lorsque les gouvernements se sentent vulnérables. Les « risques politiques » ne s’appliquent désormais plus uniquement aux placements miniers des pays du tiers monde; en 2012, ils sont susceptibles de s’appliquer à nous tous.

Il est très difficile de prédire ce que l’avenir réservera au marché boursier cette année. Tout est possible. Les interventions des gouvernements dans le système financier n’ont jamais été aussi extrêmes, et nous espérons que les exemples cités ci-dessus vous aideront à comprendre. À l’aube de 2012, d’importants risques liés à la wdette planent sur les trois grandes scènes économiques du monde : les États-Unis, l’Europe et la Chine. Le marché pourrait se redresser, s’effondrer ou faire du surplace : nous ne le savons tout simplement pas. Une grande partie de la réponse dépendra de la façon dont les banques centrales réagiront. Cela dit, nous sommes enthousiastes à la perspective de maintenir le positionnement que nous avons établi en 2011. Nous conserverons nos placements dans les actions de métaux précieux et dans les lingots et maintiendrons notre importante pondération à découvert brute dans les fonds de couverture. Nous avons bon espoir que nos positions nous protègeront de ce carrousel risible, qui semble tourner de plus en plus vite chaque jour.

 6 (3 janvier 2012) « Dodd-Frank Progress Report ». Davis Polk. Extrait le 5 janvier 2012 du site

 Web suivant : http://www.davispolk.com/Dodd-Frank-Rulemaking-Progress-Report/

 7 Protess, Ben (4 janvier 2012) « New Limits on Commodity Trades Are Approved ». DealBook. Extrait le 6 janvier 2012 du site

 Web suivant : http://dealbook.nytimes.com/2012/01/04/regulator-refuses-to-delay-trading-rule/

 8 CME Group Market Regulation Department (20 décembre 2011) « Temporary Waiver of Annual Update for Position Limit Exemptions ». CME Group. Extrait le 5 janvier 2012 du site Web suivant : http://www.cmegroup.com/tools-information/lookups/advisories/market-regulation/CMEGroup_RA1107-5.html

 9 Jones, Marc (21 décembre 2011) « Banks gorge on ECB loans, market cheer short-lived ». Reuters. Extrait le 11 janvier 2012 du site

 Web suivant : http://www.reuters.com/article/2011/12/21/us-ecb-3yr-loans-idUSTRE7BK0MC20111221?feedType=RSS&feedName=businessNews&utmsource=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+reuters%2FbusinessNews+%28News+%2F+US+%2F+Business+News%29

 10 Cottle, David (21 décembre 2011) « ECB’s Massive LTRO Gives Risk Assets Wings ». The Wall Street Journal. Extrait le 5 janvier 2012 du site

 Web suivant : http://online.wsj.com/article/BT-CO-20111221-703943.html

 11 Miles, Donna (6 janvier 2012) « Obama signs Defense Spending Bill despite having reservations ». American Forces Press Service. Extrait le 5 janvier 2012 du site Web suivant : http://www.fortgordonsignal.com/news/2012-01-06/Viewpoint/Obama_signs_Defense_Spending_Bill_despite_having_r.html

 12 US Library of Congress (1er décembre 2011) « 112th Congress, 1st Session, S. 1867 ». (Veuillez consulter les articles 1031-1032) Extrait le 11 janvier 2012 du site Web suivant : http://www.gpo.gov/fdsys/pkg/BILLS-112s1867es/pdf/BILLS-112s1867es.pdf

 Eric Sprott janv12

2 réponses »

  1. le seul reproche de bon sens est adressé à nous même, à nous tous qui continuons de laisser tourner le manège qui nous rend malade!

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