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Politique Friction du Samedi 22 Septembre 2012 : La Fausse dictature des Marchés Par Bruno Bertez

Politique Friction du Samedi 22 Septembre 2012 : La Fausse dictature des Marchés Par Bruno Bertez

La chute de popularité du gouvernement français est lourde, sévère et rapide. Elle est dangereuse dans la mesure où un pouvoir privé de légitimité et de soutiens aurait des difficultés à intervenir en cas de troubles sociaux et d’agitation. Or, il est évident que la situation présente s’y prête et que l’évolution prévisible de la conjoncture dans le sens de la médiocrité va renforcer les risques.

  Une partie de la population rejette les prélèvements accrus, les ponctions injustes, l’ambiance de lutte des classes, chasse aux riches et aux entrepreneurs, les atteintes à la famille, à l’identité.

L’autre partie est déçue, elle ne voit pas les bénéfices de son choix politique, le chômage progresse, les revenus stagnent, l’espoir régresse.

Le nombre de ceux qui, dans le système, n’ont rien à perdre va augmenter considérablement. Au même moment,  la possibilité de désamorcer les troubles par la distribution de cadeaux sociaux financés par des déficits se réduit de jour en jour; le trésor est épuisé.

Les dégagements en touche de diversion du style vote des étrangers, mariage homosexuel, islamisme ou autres ne trompent personne, même s’ils font la première page des médias.

L’échec, maintenant patent, des aventures idiotes du type Lybie que l’on a plongé dans le chaos, interdit les diversions du type va-t’en guerre malgré l’opportunité que constitue la Syrie.

François Hollande s’était promis, avait promis, une présidence « normale ». En contraste avec Sarkozy, il voulait rester dans l’ombre, tirer les ficelles, s’exposer le moins possible.

Les sondages lui indiquent que cela ne marche pas, qu’Ayrault ne joue pas son rôle de fusible ou paratonnerre. Hollande est obligé de sortir de sa clandestinité, maintenant, il s’expose.

La multiplication des bavures et des incohérences, pourtant normales dans un ensemble politique hétéroclite,  l’a obligé à monter au créneau.

Le signe évident de ce changement de pied est, bien sûr, l’intervention à la Télévision début Septembre. Tout était étudié pour,  non pas la reprise en mains, mais pour la prise en mains. Aussi bien le propos que la gestuelle et le langage du corps.

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Hollande va peut-être, finalement, imiter son anti-modèle, Sarkozy- et faire comme lui, se précipiter pour annoncer les bonnes nouvelles et laisser à ses ministres le soin de se coltiner les mauvaises et d’avaler les couleuvres. Témoin, ce qu’il a fait en matière agricole depuis. On dit qu’il a demandé à Ayrault de s’exposer plus. En clair, d’accepter de prendre plus de coups. La perspective du combat pour la ratification prochaine du Traité imposé par Merkel explique certainement ce réaménagement tactique des positions de chacun et de la répartition des rôles.

La tâche est et sera de plus en plus difficile.

L’idéologie et les promesses de gauche ont obligé à des mesures fiscales symboliques mais lourdes de conséquences négatives sur le plan économique. L’attentisme s’est installé, les ponctions sur le pouvoir d’achat vont le relayer et le valider. Le début du quinquennat a été marqué par des choix anti -croissance, on a refusé de réduire les dépenses en raison des promesses à la gauche de la gauche. On a augmenté les prélèvements pour satisfaire aux promesses contenues dans le Pacte de Stabilité. On a même taxé les entreprises dont on reconnait pourtant qu’il faut alléger les charges pour besoin de compétitivité.

Tout cela dans un environnement qui penche vers la récession.

Le mythe de la croissance qui devait financer toutes les promesses et mettre de l’huile dans les rouages sociaux, économiques et politiques, ce mythe est repoussé, au mieux à la seconde partie du mandat.

Le cocorico du soi-disant succès des idées et du poids français pour faire pencher la balance européenne dans un sens plus expansionniste, ce mythe est enterré. On gère la stagnation, récession, en attendant la régression. Il est d’ores et déjà évident que la contradiction entre les promesses et la réalité se manifeste, se concrétise et elle le fait par le biais de la hausse du chômage, la détérioration de la confiance et du sentiment des agents économiques.

La marge de manœuvre est quasi nulle, c’est le fil du rasoir.

France non-farm payrolls     France new car registrations 

 

La peur des marchés et l’ignorance de leurs mécanismes de fonctionnement conduisent à une peur irraisonnée d’une attaque qui marquerait la France du sceau de la peste financière. Le 19 Septembre encore, Ayrault lançait « il faut sortir de la dictature des marchés »! C’est ce qui explique la priorité à la poursuite de la réduction des déficits; mais la crainte de la montée du chômage, de la précarité et de la déstabilisation sociale empêche de prendre les mesures qui seraient efficaces.

On ne peut à la fois prendre l’argent du secteur privé et vouloir qu’l fasse tourner la machine économique. On ne peut à la fois réduire les déficits et vouloir assigner un rôle moteur à l’Etat.

Un miracle du côté des exportations est d’autant plus exclu que:

  • -La France a perdu beaucoup de compétitivité.
  • -L’ Europe est en quasi récession.
  • -Les Etats Unis ont une croissance faible pour ne pas dire inexistante, tandis que la parité des changes   joue en leur faveur.
  • -Les émergents sont confrontés à leurs premiers ralentissements.
  • -Pour couronner le tout, le pétrole et certains inputs voient leurs prix galoper.

 US Empire manufacturing survey 

Nous avions annoncé le virage du Gouvernement, en particulier le fait qu’il allait devoir se renier. Dans les faits, ce virage a bien commencé, mais nous ne sommes qu’à mi-chemin. On a fait machine arrière sur beaucoup de points, on a mis beaucoup d’eau dans son vin rouge, mais, au niveau du discours, de l’ambiance, on reste dans le climat de Goche. Témoins, les ponctions symboliques sur les riches et les soi-disant riches, les épargnants des classes moyennes. C’est ce qui explique que la gauche de la gauche,  tout en étant sur la défensive et tout n’apportant qu’un soutien modeste, ne soit pas encore entrée dans l’opposition. On verra après le budget.

Nous disons « sur le fil du rasoir » car le chemin est étroit, pour ne pas dire impossible, à parcourir entre le péril extérieur, la chute du côté des pestiférés et le péril intérieur, la montée du chômage et la déstabilisation sociale. Hollande ne pourra faire appel, ni à l’union nationale unifiante, ni à un miraculeux technicien apolitique.

En fait, le rêve, c’est le miracle européen. C’est de ce côté que le rêve est encore possible, même si, d’une part, il n’est pas réaliste et si, d’autre part, le coût pour le réaliser est exorbitant. Plus exactement, le rêve ce n’est pas l’Europe, mais la BCE.  Hollande et Ayrault prient pour que la BCE vienne les sauver, vienne, par ses bail-out illimités, faire sauter toutes les contradictions dans lesquels ils sont enfermés. Ils prient pour que la Banque Centrale Européenne repousse les limites de la solvabilité de tous, repousse le calendrier des remises en ordre budgétaires, retarde sine die les réformes. 

Cet espoir n’est pas sans fondement. Les résultats obtenus depuis le mois de Mai, mois de l’élection, ne sont pas négligeables, un nouveau rapport des forces politiques au sein de l’Europe a permis de belles avancées dans le sens du laxisme et de la fuite en avant. Cependant, ces avancées sont plus théoriques que pratiques et il ne faut pas confondre le bénéfice du doute accordé par les marchés avec les vraies mesures effectives.

L’Allemagne garde les clefs des solutions au niveau pratique et le verrou qui est encore mis, le verrou de la nécessaire consolidation budgétaire et des réformes de compétitivité, ce verrou est bien serré. Or, c’est la possibilité de faire sauter ce verrou qui conditionne l’avenir de Hollande et Ayrault. Le verrou imposé par les Allemands, et fermé également par Draghi, est celui de la convergence économique et sociale,  c’est à dire l’abandon de ce à quoi Hollande tient le plus, « le modèle social français » plus exactement « l’Etat providence » conçu, non pas pour ses mérites intrinsèques, mais comme étape dans la marche vers le socialisme. Conçu comme échec au système du profit.

La gauche française trouve son unité sur un malentendu et des mensonges. Une partie est résolument sociale-démocrate et veut gérer le système kleptocratique, pseudo capitaliste, faussement libéral à condition qu’elle en profite, tandis qu’une autre partie veut changer de système, veut vraiment que cela change au niveau structurel, fondamental. Le mensonge des gens au pouvoir consiste à faire croire que le modèle social français est une étape dans le changement par les réformes. Faire croire que,  au bout du chemin, il y a le paradis d’un monde égalitaire, sans capital, sans dictature du profit etc. Et il est clair que si on devait faire marche arrière sur ce chemin, couper dans l’Etat providence, le mensonge serait découvert, toutes les ambiguïtés seraient levées, les masques seraient mis à bas. La fausse unité volerait en éclats. Violemment.

BRUNO BERTEZ Le Samedi 22 Septembre 2012

llustrations et mise en page by THE WOLF

EN BANDE SON :

7 réponses »

  1. Il faut situer tout cela dans le déclin global de l’occident. Il n’y a qu’à voir les chiffres anglais, pires selon moi que ceux de la France en dépit de la politique de rigueur de Cameron et des rotatives de la BOE… Bien sur que tout cela finira mal mais pas certain que ça pète en 1er en France. Là où je partage votre avis c’est sur la scission et le clivage au sein de la population qui atteint un niveau que je n’ai personnellement jamais vu en France.

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    • Oui mais à la différence de la France le Royaume ne subit ni le carcan de l’euro, ni la solidarité forcée avec les pestiférés….et çà cela fait toute la différence !!!! Sans oublier que psychologiquement Anglais (et Irlandais) sont bien mieux armés pour résister à des temps difficiles que les Français….
      De toute façon cet aspect des choses est très accessoire comparé au coeur de l’article !!!

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  2. Dimanche 23 Septembre : Quelques friandises financières, économiques et bien sur kleptocratiques à déguster et colporter sans modération

    PAN SUR LE BEC DES DEFLATIONNISTES.

    Pour le second trimestre 2012 le total du crédit non financier a progressé aux Etats Unis , au taux annuel de 5%, un record de hausse depuis 2008. Cela fait un rythme annuel de près de 2 trillions de hausse, 1,950 T précisément. Toutes les formes d’endettement progressent, y compris le crédit à la consommation, mais la palme revient au gouvernement, son endettement croit de 1,2 T en rythme annualisé.

    Non seulement il n’y a pas déflation, mais il n’y a plus de deleveraging c’est à dire de désendettement des agents économiques , la dette totale non financière américaine a rejoint quasi son ratio record a 250% du GDP¨! La dette totale financière et non financière a rejoint et dépassé son record historique à 353% du GDP.

    L’intox de Bernanke marche à fond. puisqu’il fait des QE, et même illimités , c’est qu’il y a des risques déflation: Ben voyons.

    Conclusion, s’il n’a pas de risque de déflation réel et si on prétend lutter contre un risque de baisse des prix imaginaire, c’est que l’on veut fabriquer de l’inflation et faire baisser le dollar.

    La FED détient maintenant près de 30% du stock de valeurs du Trésor de maturité à équivalent 10 ans. Non il n’y a pas de monétisation de la dette!

    Le deleveraging des banques euro est fini, lui aussi. Sur les 12 derniers mois, le bilan total des banques en Europe a progressé au taux de 7% à 45 T. Vous avez dit déflation?

    Selon la BCE l’inflation est maitrisée. En effet le cout des nouveaux locaux de la BCE vient d’un seul coup, d’être révisé en hausse de …41%. La BCE invoque une hausse du cout des matériaux et un dérapage des budgets de prestataires. Les deux tours vous couteront plus de 1,2 milliards contre moins de 850 prévus. Contrôlez vos dépenses , gaspilleurs, ce n’est pas moi, ce sont les kleptos de la BCE qui vous le disent.

    Selon le Télégraph, le Japon en est à son 8e QE et depuis 20 ans la croissance n’a toujours pas décollé. Il vient d’annoncer un nouveau round de 10 T de yens. Le round en cours était déjà de 45 T.

    Liu Mingkang, officiel chinois, ancien president de la China Banking Authority est cité dans Bloomberg pour avoir déclaré: le nouveau QE américain est irresponsable, il ne fera rien au profit de l’économie américaine.

    Le ministre des Finances du Brésil a déclaré que la décision de la FED était une mesure protectionniste et que cela allait rallumer la guerre des monnaies avec des conséquences dommageables pour le reste du monde. Il n’y a aucun manque de liquidités, le monde baigne dans les liquidités et cette liquidité ne va pas dans la production. Source FT.

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  3. C’est dimanche, la distribution de friandises continue.

    Nous sommes en train de revoir nos notes sur Simon Johnson, ancien chief economist du FMI, voici quelques extraits de différents travaux et citations.

    Dans The Atlantic magazine en 2009:l’industrie financière a pris le contrôle des gouvernements. Si le staff du FMI pouvait parler librement, il dirait ce qu’il dit à tous les pays en difficulté : « il n’y aura aucune reprise tant que l’on ne brisera pas l’oligarchie financière qui bloque toutes les réformes. Le temps presse si nous voulons éviter une vraie dépression ».
    Dans son ouvrage The Doomsday cycle.
    « L’infrastructure financière permet d’emprunter beaucoup plus que par le passé en regard de la taille des économies, beaucoup plus qu’il n’est raisonnable en raison des perspectives de croissance.
    L’espoir des bailouts est ancré dans le fonctionnement du système. On est sur du soutien des gouvernements et des banques centrales quand on est en difficulté, même si finalement, le système est incapable de les assumer.
    Pour les hommes politiques c’est une grande chance, cela leur permet d’acheter les votes et de gagner les élections, les problèmes dont ils sont responsables n’apparaissent qu’après leur départ, sous le mandat de quelqu’un d’autre.
    Pour les banquiers et financiers, c’est une aubaine, l’argent facile, pour eux c’est la fortune assurée.
    La complexité de la finance moderne et l’échelle des sommes en jeu font que tout cela est facile à dissimuler, Ceux qui sont chargés de réguler tout cela n’ont aucun intérêt à dire la vérité, car cela détruirait leur business. »
    Les extraits sont regroupés.
    Nous vous signalons par ailleurs que dans le plus grand secret, les oligarques antidémocrates du FMI ont préparé et peaufinent un plan au terme duquel le FMI, en cas de développements dramatiques prendrait le contrôlerait des affaires monétaires mondiales en devenant une véritable Banque Centrale mondiale avec bien sur pouvoir de créer autant de liquidités que nécessaire. Nécessaire est ce bien le mot? Cette Banque Mondiale serait totalement irresponsable devant les peuples, gérée par un aéropage de gens compétents -sic- comme par hasard choisis parmi les grands banquiers.
    L’existence de ces travaux se trouve également confirmée par un auteur américain proche de la CIA, Rickards James Rickards. Les Etats Unis s’opposent bien sur à un tel plan, contraire à leurs intérêts impériaux.

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  4. Enfin, une friandise politique qui va dans le sens de notre dernier papier de synthèse.

    Selon l’IFOP, la chute de popularité de Hollande s’aggrave: le pourcentage de gens satisfaits est en baisse de 11 pts à 43%. Le Premier Ministre Ayrault en perd 7 à 50%.

    Ce qui frappe c’est le fait que le Premier Ministre ne joue pas son rôle de bouclier, sa popularité restant supérieure à celle du Président. Nous répétons que c’est une situation dangereuse.

    Hollande comme on pouvait s’attendre vient déclarer que le jugement de son action ne viendrait pas des sondages, mais des résultats de son action. Si c’est vrai, il y a tout lieu d’être pessimiste.

    Pour le moment Hollande n’est pas jugé sur son action, il est, si on peut dire jugé a l’aune de la déception et des mensonges, c’est un phénomène post électoral.

    Il y a des gens qui soutiennent qu’un vrai chef doit savoir mentir, promettre et ne pas tenir, nous soutenons l’inverse, ce que l’on sanctionne à ce stade du mandat de Hollande ce sont les mensonges et fausses promesses.

    Nous avons expliqué qu’une élection gagnée, comme c’est le cas maintenant régulièrement en Europe par la tromperie est illégitime et confine à la violence.

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