Art de la guerre monétaire et économique

Mister Market and Doctor Conjoncture du Mardi 26 Mai 2015 : Bourse pourquoi nous sommes dans une nouvelle ère Par Bruno Bertez

Mister Market and Doctor Conjoncture du Mardi 26 Mai 2015 : Bourse pourquoi nous sommes dans une nouvelle ère Par Bruno Bertez

Les régulateurs construisent un mur… de conviction

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Depuis le 9 mars 2009, les marchés financiers ont entrepris une chevauchée fantastique. La cause du retournement haussier à cette époque est peu connue, c’est l’autorisation donnée aux banques d’abandonner les règles comptables anciennes pour évaluer leurs actifs et l’autorisation, pour elles de les marquer… selon leur fantaisie. Le risque de faillite bancaire s’est écarté. La seconde raison, c’est l’ensemble, étalé, de mesures prises par les Etats-Unis pour soutenir à la fois les institutions financières, les marchés et l’économie réelle. Puis la politique de taux zéro, et les différentes mesures de politique monétaire non conventionnelle connues sur le nom de Quantitative Easing.

Depuis le 9 mars 2009, le Sensex indien a progressé de 264%; le S&P500 de 215%; le Nikkei de 186%; le DAX de 172%; le Shangai de 120%; le CAC de 110%. le FT 100 de 100%. La hausse est quasi continue depuis la fin 2012. Pour la petite histoire, notons que le marché initié sur la reprise mondiale des Bourses en 2009, a été Londres, il a touché son plus bas le 3 Mars …

Beaucoup d’investisseurs de qualité ont raté cette hausse historique des marchés ; ils ont été pessimistes sur l’évolution de la Grande Crise Financière, ou bien sur le succès de la lutte contre la récession. Encore maintenant on trouve des irréductibles qui fuient les marché car ils considèrent que les valorisations sont excessives ou bien parce qu’ils s’attendent à ce que la tentative de normalisation des politiques monétaires américaines provoque des ajustements en baisse significatifs.

L’un des thèmes récurrents de la période a été celui du « dorénavant, ce n’est plus comme avant»; c’est encore le thème que l’on retrouve à la base de la discussion, du débat en cours sur l’existence ou pas d’une bulle d’actifs financiers. Si « maintenant est une nouvelle ère » , alors on ne peut conclure à l’existence de bulles, à l’inverse, si le monde ne change pas, si c’est l’éternel retour, alors après la pluie, le beau temps et les bulles vont crever.

Notre position a été maintes fois répétées, il n’y a pas de bulles au sens historique du terme car il n’y a aucune euphorie, aucun engouement, simplement une recherche désespérée de rendement dans un monde qui en est privé. Ce qui fait bulle, c’est l’existence d’un excès considérable de cash qui ne rapporte rien, qui ne trouve pas d’emploi ou de protection rentable et donc est en quête d’actifs qui rapportent un tant soit peu. Ce qui fait bulle c’est notre fameux Mistigri.

Sur la question de la nouvelle ère, nous sommes nuancés, bien sûr, les free lunchs n’existent pas, deux et deux font toujours quatre, mais la finance s’est complexifiée, elle est devenue de plus en plus abstraite et donc, a force d’abstraction elle est devenue, pour reprendre un terme de l’art moderne, elle est devenue non-figurative, elle ne reflète plus, elle n’est plus l’expression du réel, elle s’est autonomisée, libérée de la pesanteur, de la rareté. Et cela, c’est nouveau, le progrès vers l’abstraction et la libération des signes est une caractéristique historique. En clair, ce n’est pas le réel qui a changé, mais la façon de le symboliser. Et bien sûr, cela affecte la Valeur et le concept de Valeur. Elle devient plus relative, plus incertaine, plus instable.

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Il y a un aspect, peu étudié, qui a été bouleversé, c’est le rôle des responsables de la conduite des affaires, le rôle des Banquiers Centraux et de leurs associés complices, les grandes Banques TBTF.

De ce rôle on ne retient généralement que le coté dirigiste, le coté manipulateur, plus ou moins conspirationniste. Certes, on pressent ce rôle et son importance, mais on va rarement plus loin. On ne rentre pas dans ce que nous appelons « le Grand Sscret » des Alchimistes Banquiers qui nous gouvernent. L’économie réelle est ce qu’elle est, peut-être plus ou moins manipulable sur le court terme, au prix de déceptions et déboires à long terme, on le constate dans la régularité des cycles de boom et bust. Mais les Valeurs, elles, ne sont pas de l’économie réelle, ce sont des perceptions, des projections, des appréciations, elles sont, non pas dans l’économie réelle, mais dans la tête des gens. Et à ce titre, elles peuvent participer d’une ère nouvelle. Cette ère c’est celle de la Communication. La Com a changé la politique, elle a changé l’économie, elle change les marchés. Le texte qui suit est fondé sur cette reconnaissance.

Bien entendu, vous n’êtes pas obligés de nous suivre dans nos interprétations des faits et des situations. Mais, comme nous sommes raisonnables et que nous tenons toujours compte du fait qu’il y a risque à se tromper, vous êtes mieux lotis à nous écouter qu’à ne pas le faire. Ainsi, malgré les hauts et les bas, malgré la volatilité et les accès de pessimisme, nous vous laissons constructifs, acheteurs sur les marchés d’actions depuis… mars 2009!

Présentement, nous développons l’hypothèse de l’atterrissage piloté, guidé. Vous avez noté que cela ne nous conduit pas au pessimisme, pourquoi? Parce que cela était prévisible et prévu et que rien n’indique, au contraire, que la situation va échapper aux Maîtres. Ils ont la situation bien en mains et surtout, personne ne joue contre eux… sauf le réel, mais c’est une autre histoire, presque secondaire.

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Nous soutenons l’idée que les fautes de pilotage sont rares et quand elles arrivent, elles sont rattrapées très vite, efficacement. Les exemples nous ont été donnés en 2013 au printemps quand la rumeur du « taper » a failli faire dérailler les marchés obligataires; et encore en 2014, quand la perspective de la fin des achats de titres à long terme et la raréfaction du dollar ont produit une crise chez les émergents, crise sur les flux, sur les changes et sur les taux. Tout cela a été maitrisé. Idem pour le ballon d’essai qui a consisté à tracer un intervalle de fluctuation pour les taux des bonds souverains. Bref, on encadre et on le fait bien.

Notre idée est que le « taper » s’est bien passé, ils, les Maîtres peuvent se féliciter. On est convaincu, sur les marchés, que le plus dur est passé et que la liquidité va rester surabondante jusque fin 2017. Reste maintenant à gérer la première hausse des taux. A notre avis, c’est fait, la hausse des taux en septembre est acquise et, en tous cas, elle est dans les cours et dans les esprits. Dans les esprits, voilà le mot important.

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Nous soutenons que les régulateurs sont doués, ils ont progressé considérablement depuis Greenspan qui lui, en était resté à chercher comment modéliser les « animal spirits ». Ils ont intégré les théories les plus modernes de la communication. Manipulation des attentes, formation des jugements et des consensus. Le « taper » a été une excellente répétition. La première hausse des taux complétera l’apprentissage. Déjà on passe à la troisième phase. La seconde est quasi finie. En route pour la troisième étape. Elle sera plus montagneuse.

Il va falloir escalader le mur des taux !…

Avant, nous conseillons aux grandes Maisons de Finance de licencier quelques économistes et quelques analystes financiers. La partie se joue, non pas dans l’économie réelle ou l’économie classique, mais dans l’économie moderne, dirigée, articulée autour de la maîtrise des marchés, des perceptions et de la communication. Les progrès récents, dans le domaine de l’application de la science du comportement, le behaviorisme, aux marchés, sont tout à fait dépassés. Ce qu’il faut connaître et maîtriser, c’est la double théorie de la Communication et de la Théorie des jeux du défunt Nash. Si vous ne vous y mettez pas, alors faites comme les grands gérants de hedge funds intelligents, raccrochez, passez la main, passez à autre chose. Le temps est celui des décodeurs de la Com et leur capacité à en tirer une stratégie fondée sur les thèses mathématiques des travaux de Nash.

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C’est à la lueur de ces réflexions que nous avons réétudié le discours de Yellen à Providence. Nous avons conclu de cette étude que la page de la première hausse symbolique des taux était tournée et que l’on attaquait les choses sérieuses, celles qui sont seules significatives: l’évolution future des taux longs.

En relisant, nous nous sommes aperçus que cette étape était déjà en cours de préparation depuis Août 2014, date à laquelle le coup d’envoi de la thèse de la stagnation séculaire a été lancé. Nous avons relu les bons textes, dans les « think tanks » et constaté que le thème marchait bien, développé, enrichi, et de plus en plus maîtrisé. En fait, la stratégie consiste à ancrer une certitude quasi définitive dans le consensus des marchés. La croissance future sera faible, donc les taux dits naturels resteront faibles et si on réussit à empêcher la spéculation et les « animal spirits » de sur-réagir aux hausses de taux et d’anticiper les suivantes, alors, on a quasi gagné. Il faut, jour après jour, construire un mur de certitude : la croissance sera faible, le « slack « » restera élevé, les taux naturels seront très bas et donc les taux de marché, si on maitrise les comportements, se maintiendront à des niveaux gérables, ils ne mettront pas en danger les budgets et les déficits des gouvernements surendettés. Ils ne mettront pas en danger les marchés malgré leur fragilité. On restera dans l’épure. Le mot est bien choisi, on construit un mur pour baliser l’épure sur laquelle doivent se mouvoir les taux à l’avenir. La volatilité transitoire, temporaire, fait partie de la construction du mur en en marquant les limites, le cadastre.

Si on réussit à construire ce mur de conviction selon laquelle la croissance va rester modérée et les taux naturels -que l’on a ressortis de leur cercueil pour l’occasion-, alors la volatilité restera contenue. Elle ne mettra pas en danger le dispositif de la régulation et de son pilotage. Si la conviction première est forte, si le mur est haut, alors les petites informations partielles, quotidiennes, viendront se briser sur ce mur de conviction. Quand une conviction est forte, bien ancrée, sachez que la théorie de l’information prédit qu’il faut des nouvelles très inattendues, très puissantes, à fort contenu informationnel, pour l’ébranler. Des informations très neuves, surprenantes. Votre vision du monde, comme celle des marchés ne change pas malgré l’accumulation de petites nouvelles partielles. Pour que vous en changiez, il faut un choc copernicien. L’information, nous apprend la théorie, est dotée d’une force, d’une capacité à ébranler les certitudes, mais on peut consolider les certitudes et donc limiter les réactions aux nouvelles. Les régulateurs construisent afin de contrôler les visions du monde, ils bétonnent. Et tant que la vision qu’ils ont érigée leur est utile, alors, ils l’entretiennent et elle se renforce. Une nouvelle, sous cet aspect, n’est utile et n’a de sens que si elle s’intègre bien à la vision du monde que les Maîtres ont construit et que vous partagez. Les rebelles sont ceux qui ne partagent pas la vision du monde dominante. Malheur à eux, sur le court et moyen terme, celui des marchés et des perceptions, ils sont ruinés.

Il y plusieurs univers :

  • Celui de la politique des Maîtres.
  • Celui du discours des Maîtres.
  • Celui des Sujets.
  • Celui du Réel.

Les sujets vivent dans l’imaginaire construit par les Maîtres, ils habitent le monde de l’illusion.

Les Maîtres vivent à cheval entre l’imaginaire et le symbolique, ils ont accès à une partie de la connaissance vraie, mais ils sont prisonniers de l’imaginaire qu’ils ont construit pour leurs sujets. En ce sens, pour reprendre une comparaison que nous avons utilisée il y a longtemps, ce sont des psychiatres qui partagent une partie de la folie et de la névrose de leurs patients..

La construction du mur est bien engagée, elle se poursuit jour après jour, on a le temps. On travaille les fondations depuis de nombreux mois.

Dans le discours de Yellen à Providence, ce n’est pas un hasard si cette partie de l’évolution et du niveau futur des taux vient en dernier, c’est une technique de persuasion. On affirme avant, d’abord, des choses qui sont quasi sures, des vérités contrôlables, ce qui entraine l’adhésion par glissement et contagion sur ce qui suit et qui est beaucoup plus douteux.

Le début de la contribution de Yellen à la construction du mur de conviction s’écrit: « cela veut dire qu’il faudra plusieurs années avant que le taux des Fed Funds revienne à son niveau normal de long terme ». Voilà pour les taux courts..

Et pour les taux longs, c’est le développement sur la croissance séculaire faible, sur la responsabilité du Gouvernement -la Fed ne peut à elle seule produire la croissance- et la faiblesse de la productivité depuis 2007: 1,25% contre 2,75% lors de la décennie précédente. La productivité détermine le « slack », lequel détermine l’inflation, les taux, etc.

Yellen, à notre avis, est moins avancée que ne l’était Bernanke sur toutes ces questions de Communication et de conviction ; Bernanke, nous l’avons déjà écrit, a consacré beaucoup de temps à des recherches sur ces questions, mais elle va apprendre ; Draghi lui-même a déjà bien appris.

 BRUNO BERTEZ Le 26 Mai 2015 

illustrations et mise en page by THE WOLF

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17 réponses »

  1. Passionnant comme analyse, Monsieur Bertez. Permettez-moi d’émettre mon idée (et merci de nous laisser commenter vos articles au passage.) Jusqu’ici ils pilotent. OK. Plus longtemps que les contrariens l’auraient imaginé. OK. Ils gèrent le transfert de richesse (le plus grand hold-up de toute l’histoire de l’humanité) parce que ceux qui font les marchés (JP Morgan…), les gouvernements (endettés) ont un intérêt certain à y participer et à forcer les autres (fonds de pension, gérants de liquidité…) d’y croire et d’essayer de se repasser le mistigri comme une patate chaude (ou un bâton merdeux, si l’on veut être vulgaire.) OK.
    Bien.
    Ils iront à la répression financière totale (plus de cash, Chyprisation…). Oh, ils y arriveront, ils ont pondu les lois pour cela. Ils iront loin, très loin sans doute (tant que le peuple se contente de pain et de jeux (télévisés)).
    OK.
    Mais comme vous le dites, il y a aussi le réel. La Chine ? elle semble marcher dans la combine, un peu de force (avec ses bons du trésor US pourris) et parce qu’elle veut sa part du gâteau mondial (les USA la laisseront jouer avec les grands dans la cour de récré.) Bon, le cygne noir du réel ne viendra peut-être pas de là, quoique…
    Mais on ne pourra pas éternellement reculer l’échéance fatidique, celle de la grande réconciliation. Je sais que vous ne faites pas de prédictions et c’est en cela que je vous trouve « sérieux » et bien plus « intelligent » et surtout censé que nombre de contrariants. Et je ne cherche pas à savoir quand (je me contente de faire comme les rats, je reste méfiant avec ce que je ne comprend pas.)
    Bien.
    Mais un jour (quand ? mystère et à vrai dire, Dieu seul le sait, le vrai Dieu j’entends), vous savez vous et moi que ça foirera. D’où, quand, comment ? Peu importe. Et ce jour-là, les « animal spirits » retrouveront leur cerveau reptilien.
    Ce jour-là, je ne veux pas être dans la salle de bal quand la lumière s’éteindra.
    Et je n’y serai pas vous savez pourquoi ?
    Grâce à vous, M Bertez. Vous qui m’avez glissé à l’oreille qu’il y a un truc qui cloche dans l’orchestre, un truc vachement compliqué fait d’harmoniques complexes, dont je n’ai pas compris tous les tenants et aboutissants, juste les grandes lignes de force, comme dans cette superbe analyse de ce soir. Un truc que (c’est drôle, je viens de voir le film sur Alan Turing et Enigma) vous m’avez permis de décrypter : il y a des fausses notes et les musiciens sont très forts pour les masquer (faut dire aussi que la presse les aide bien, en nous bouchant les oreilles quand la note est trop bleue).
    Alors je préfère ne pas danser et je surveille mes arrières et ceux de mes proches et amis. Et vous savez quoi ? Mes amis commencent à entendre les dissonances et eux aussi quittent la salle de bal.
    Grâce à vous, M Bertez. Et ça, ce n’est pas rien, croyez-moi.

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    • J’apprécie vos commentaires et bien souvent, avec ceux d’autres personnes fidèles, ils me font réfléchir , ils m’incitent à prolonger la réflexion. Je saisis l’occasion de votre développement pour pousser une idée.

      Le secret de la survie, c’est l’adaptation. Ce n’est pas la négation, ce n’est pas la dénégation/verneinung, ce n’est pas la transgression, ce n’est pas la tricherie, non c’est l’adaptation.

      Le plus fort, c’est celui qui s’adapte pour lui et sa tribu, ses enfants, ses proches, ceux qu’il aime. C’est celui qui utilise ses sens et son intelligence, son savoir, pour interpréter ce qu’il voit. Celui là doit également avoir confiance en son propre jugement, afin de ne pas prendre les vessies pour les lanternes. Nous sommes des êtres de pensée, à condition que cette pensée soit la notre.

      L’adaptation consiste d’abord à reconnaitre la situation, à la voir sans prisme, sans lunettes colorées et à ressentir. Je dis bien à ressentir, à humer, flairer c’est ainsi que l’on se rend compte si ce que l’on voit est bon ou pas bon, nuisible. Ensuite il faut se poser la question de savoir qu’elle est la réaction qui découle de de que l’on voit, du constat. Il faut beaucoup de clairvoyance et de courage pour cette phase, car nous avons tendance à nier tout ce qui est désagréable et choisir la ligne de plus grand pente du moindre effort.

      le cas le plus net est celui de l’adaptation à la prédation fiscale. La prédation fiscale a pour fonction objective de vous faire travailler plus pour gagner moins. Il s’agit de réussir à vous faire maintenir vos efforts, le sacrifice de votre temps, tout en réduisant la récompense qui leur sont normalement attachés. Tricher n’est pas solution en raison de la pénalisation des fraudes fiscales, en raison de l’usage de la force et de la terreur par les gouvernement et ses ponctionnaires pour collecter. La solution c’est de s’interroger sur l’usage que l’on fait du produit de son travail , sur l’arbitrage que l’on fait de son temps de vie; ceci conduit à remettre en question, ses dépenses et le gaspillage, ses loisirs, le temps que l’on passe avec les siens etc etc; Ce que je veux montrer , c’est que l’adaptation doit être globale, il faut tout examiner, tout considérer.

      C’est cela la liberté: la possibilité de choisir de façon éclairée, en fonction de ce que l’on est, pas en fonction de ce que le monde extérieur veut que l’on soit.

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    • Oui je le connais bien c’est un rebelle, mais la rigueur de ses analyses est quelque fois un peu défaillante; il semble, pour des raisons commerciales ou personnelles, s’avancer beaucoup.

      Le caractère parfois péremptoire de ses intuitions et prévisions nuit à sa crédibilité. Il a peu d’idées nouvelles depuis quelque temps. Beaucoup de gens radotent.

      Cela ne m’empêche pas de l’apprécier, je n’ai pas d’ennemis parmi les rebelles/contrarians/anti-establishment.!

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  2. Plus le temps passe, plus votre analyse semble pertinente. Arrivons-nous vers vers un totalitarisme par la monnaie ? Les BRICS se prêteront-ils à ce jeu en y trouvant leur compte ou s’efforceront-ils de le détruire ?

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    • Le dirigisme monétaire est une forme de socialisme: la quantité de monnaie et son prix sont fixés par des dirigeants, des Maîtres du monde non élus, qui s’en servent pour orienter l’activité, les préférences, les choix des agents économiques. Ils ne le font pas dans l’intérêt général, mais dans l’intérêt des classes qui s’enrichissent par l’avilissement de la monnaie et l’endettement.

      Ces classes ont accès au crédit moyen terme à 1,5% en toute quantité en ce moment, alors que si vous demandez un découvert, prêt revolving, à votre banque, vous êtes chargé d’un agio de 16 à 18% tout compris!

      Le prix le plus important de nos systèmes est le taux d’intérêt. L’intérêt gouverne le rapport entre le présent et le futur. L’intérêt a rapport avec l’épargne, avec l’investissement, avec le sacrifice du présent pour préparer l’avenir. Les taux bas actuels ne servent pas à investir et créer des richesses et des emplois, ils servent à faire rouler et flotter la bulle financière.

      Les BRICS ne sont porteurs d’aucune promesse, d’aucun avenir. Leur prospérité est liée à celle du Centre, c’est à dire celle des USA. Les BRICS sont pour l’essentiel des systèmes compradores, ou l’élite exploite le peuple pour le compte des grandes firmes inter et multi nationales. Le meilleur exemple est bien sûr la Chine.

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      • Je viens de lire « la banqueroute de Law » par Edgar Faure. Il est très intéressant de voir la similitude de la situation (interdiction des « espèces » c’est à dire pièces d’argent et d’or), impression monétaire sans fin, tyrannie et mensonges, vol caractérisé des pauvres et des autres. L’histoire se répète, une situation similaire pour une idée de certains (Euro)?

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        • Ce que l’on appelle les politiques monétaires non conventionnelles sont le décalque de la Grande Experience de John Law avec la création de son Système. C’est l’experience de la création de monnaie et de crédit fondée non pas sur les flux de l’économie réelle, mais sur les valeurs actifs de l’économie. lesquels actifs sont inflatés en chaine pour solvabiliser le tout. Edgar est un peu anecdotique, il voit mieux les arbres que la foret, mais son ouvrage a beaucoup inspiré mes reflexions depuis le début des années 80, c’est à dire depuis le moment ou Bérégovoy s’est rallié à la dérégulation financière.

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  3. « Si on réussit à construire ce mur de conviction selon laquelle la croissance va rester modérée et les taux naturels -que l’on a ressortis de leur cercueil pour l’occasion-, alors la volatilité restera contenue »

    oui alors que les taux n’ont absolument pas besoin d’^tre naturels ou pas.
    Les taux ne sont aucunement le fait ni la juridiction de ces batards.

    il faut les laisser aller à 5% le plus vite possible pour pouvoir rétablir le capitalisme: c’est là toute l’escroquerie

    de manière endogène: si un gvt arrive pendant une guerre à réprimer avec des tx à 0% je ne suis pas certain qu’ils pourront continuer longtemps alors que nous sommes censés être en paix (nous ne sommes évidement pas en paix mais en guerre).

    de manière exogène:
    la chine
    la russie peuvent supporter des taux libres(pour le coup bcp plus « naturels »)
    par exemple, la grece bientot ?

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  4. Mais si le réel va plus vite que leurs politiques ? Et si la com ne peux plus masquer le réel ? Exemple: si les impôts ne suffisent plus à rembourser les intérêts et que ces derniers s’accumulent plus vite que prévu ( hors des prévisions qui en sont fait, par ex un ouragan qui force à revoir les modèles) ? C’est très fragile? Comment font-il pour y palier?

    Par ailleurs, pourquoi les considérés comme des Dieux? Et si ils ne savaient plus ce qu’ils font ?

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  5. J’aurai pu intituler ce texte : comment fabriquer un consensus.

    Je ne l’ai pas fait car cela aurai été réducteur.

    Je voulais exposer l’aspect théorique , c’est à dire le cheminement par les découvertes de la théorie de la Communication. La fabrication des consensus est trop proche encore des pratiques classiques de manipulation et de l’usage de la propagande alors que ce je veux faire toucher du doigt, c’est le saut radical dans la démarche des Maîtres du monde, ceux que j’appelle quelquefois « les démiurges ».

    Ils croient que les perceptions gouvernent tout et que la maitrise des perceptions est possibles grâce aux techniques quasi-militaires mais «  »soft » » de lavage de cerveau. La modernité, ce n’est pas le mensonge, lui il est éternel; la modernité c’est la l’instauration d’un monde ou les signes, les paroles et les discours peuvent être ni vrai ni faux et néanmoins être efficaces.

    La modernité est fondée sur la disjonction. Comme je le dis souvent, c’est l’ombre séparée du corps. C’est la création d’un monde parallèle, d’un imaginaire qui est un «  »ailleurs » », par la coupure qu’il instaure entre les signes censés représenter la réalité et la réalité elle même.

    Pour bien comprendre, il faut réfléchir sur le concept et la notion de « modèle ». Un modèle est une représentation du monde qui « marche », qui donne des résultats, c’est une projection idéologique, spiritualiste, d’un produit du cerveau qui le conçoit. Le modèle évacue la notion de cause, il préfère celle de corrélation; son outil de prédilection, c’est la statistique. Les modèles ont envahit la pensée politique et économique et ils remplacent la pensée classique fondée sur les catégories du vrai et du faux.

    En fait ces pratiques modernes ont été préparées par les fameuses découvertes des prix Nobel qui ont articulé la théorie des marchés efficients, c’est à dire la théorie selon laquelle les marchés sont toujours à leur prix dès lors qu’ils intègrent toutes les informations. C’est cette théorie qui est à la base de la politique de transparence/pilotage maintenant pratiquée par presque toutes les Banques Centrales. L’analyse financière n’a pas compris en quoi tout ceci est nouveau, en quoi cela crée un monde différent.

    Le père de l’analyse financière fondamentale, Benjamin Graham, l’ancêtre dont se réclame Warren Buffett, disait: «  »sur le court terme les marchés sont une machine à voter, mais sur le long terme, ce sont des machines à peser ». » C’est de Graham qu’est venue cette idée de Grande Réconciliation inévitable entre les perceptions des gens et le monde réel. Mais Graham n’avait pas prévu que les Maîtres du monde, les démiurges mettraient en place une théorie très sophistiquée qui permettrait de faire croire que le long terme n’existe pas et que le long terme n’est qu’une successions de courts termes comme l’a énoncé Bernanke en 2009 . Il n’imaginait pas que les apprentis sorciers auraient à leur disposition une «  »printing press » » illimitée , avec une monnaie libérée de toute contrainte d’émission et un crédit socialisé , c’est à dire ou le risque est assumé, payé par la collectivité mondiale. Il n’imaginait pas que l’on puisse séparer l’ombre du corps radicalement. Il n’imaginait pas que l’on puisse être cynique au point de repousser tous les ajustements et tous les rééquilibrages et que l’on puisse préférer aller jusqu’au bout du chaos.
    Nous sommes dans le satanisme.

    Le jeu satanique consiste à utiliser la confusion entre ‘ »information' » et « ‘communication' ».
    La communication n’a pas pour ancrage ou référent le vrai ou le faux, mais l’utile ou l’inutile.

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